Cours et Animations


[Dimanche 18 novembre]
Cours de français en secondaire : les rituels d'entrée en classe

Pourquoi ?

La gestion de classe ne peut pas se décoréler complètement de la matière que l'on enseigne. On n'enseigne dans de bonnes conditions que lorsqu'on se concentre sur la transmission de son domaine de compétences.


Le rituel d'entrée en classe est donc un moyen de faire savoir aux élèves, quelles que soient vos conditions de cours (salle inconnue, groupe restreint,...) qu'ils entrent désormais chez vous, dans un cours d'une matière précise, en l'occurrence de français.

Comment ?

Le rituel commence dans la cour ou dans le couloir. Les élèves doivent prendre l'habitude de vous saluer et d'entrer selon vos règles : est-ce qu'ils se rangent d'abord (je préconise que oui, pour ma part) ? Est-ce qu'ils rentrent un par un ? Est-ce qu'ils vous disent bonjour individuellement ? Est-ce qu'ils sortent leurs affaires et ne s’assoient qu'à votre signal ? etc.

Il se termine avec le début du cours à proprement parler, après une courte activité de français. Ce doit être ritualisé, mais sans être trop redondant. Une même activité pour le rituel pendant toute une séquence de cours me paraît être le bon rythme.

Quelles activités proposer ?

- Cinq à dix minutes de relaxation : en fin de journée ou de matinée le mercredi, on peut démarrer par quelques gestes de détente et de respiration, pour favoriser la concentration. Cela s'apprend, pour vous comme pour eux. Ne vous lancez pas dans une visualisation de vingt minutes sans leur avoir appris à écouter leur respiration ni leur avoir expliqué l'intérêt de l'exercice. Dans les premiers temps, il s'agit de faire simplement quelques étirements, auto-massages du visage et de la nuque, bâillements et soupirs. J'y reviendrai peut-être dans un futur article.

- la " boule de cristal " : vous proposez aux élèves, en fonction des devoirs à faire, du matériel à apporter, des activités des séances précédentes de deviner ce sur quoi le cours du jour va porter.


- le reportage : un élève doit rappeler, avec le moins d'aide extérieure possible, et le plus précisément possible, ce qui a été étudié et appris à la séance précédente. Il doit le faire à la manière d'un reporter, en s'adressant à la classe avec le plus de clarté possible.

- la figure de style du jour : après une séance de cours sur celles à connaître, les élèves doivent trouver écrite au tableau une citation d'auteur contenant une ou plusieurs figures de style. A eux de la reconnaître et de l'interpréter.

- la lecture cadeau : vous lisez à autre voix un texte narratif, avec ou non une fin à suspens, pour leur donner envie d'en écouter ou d'en lire davantage. Celle-ci peut se coupler avec la relaxation.

- le jogging d'écriture : sur un sujet que vous donnez, qui peut prendre plusieurs formes (une question, un thème de liste, une image, une musique...) les élèves ont cinq minutes précises pour écrire le plus possible. L'exercice n'est pas noté, mais en fin du dernier cours de la semaine on peut lire les textes des volontaires. Pour des idées de sujet, je m'appuie sur ce super article, je cherche dans les morceaux de musique instrumentaux, comme les musiques de film ou les musiques classiques, ou encore je trouve des tableaux avec un aspect narratif (comme La Lectrice soumise de Magritte ou Le Tricheur à l'as de carreaux de de La Tour).

- l'oratio : c'est moi qui appelle ainsi un exercice de récitation. Les élèves ont une semaine pour apprendre par cœur et trouver une façon originale de mettre en voix un court texte en lien avec la séquence en cours, pas forcément poétique. On lit à voix haute le texte en début de chaque cours précédent le jour de la récitation par cœur.


- l'article du jour : vous lisez (sans commenter sauf réponse aux questions) un article de presse ou vous diffusez un extrait d'émission de radio paru dans les deux-trois jours précédant la séance. Variez les sources pour en faire découvrir un maximum aux élèves. Ce rituel s'intègre très bien dans la séquence sur l'information en quatrième.

- le mot ou l'expression du jour : on fait découvrir aux élèves une expression ou un mot écrit au tableau. A adapter selon le niveau de lexique des élèves, leur perception du sens figuré, etc. J'alterne pour ma part entre des jolis mots peu utilisés comme ceux proposés par le magazine Virgule (comme jérémiade), et des mots plus courants mais mal maîtrisés par les élèves (comme paradoxe).

- Le problème grammatical / orthographique : vous écrivez une phrase au tableau accompagnée d'une question d'orthographe ou de grammaire en lien avec votre progression. Je n'ai pas encore testé pour ma part, parce que ce n'est pas trop mon " truc ".


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[Dimanche 14 octobre]
Petit lexique de l'animateur 4 : Le Retour Au Calme (ou RAC)

Un sine qua none

Utile en fin d'animation de journée, le retour au calme est absolument essentiel en fin de veillée. A la fin du jeu, il est le moment où la redescente du rythme d'amusement et d'agitation s'achève ou presque. C'est un dernier petit jeu, une dernière étape de l'activité, qui permet que tout le monde s'apaise et se prépare au sommeil.


S'il est indispensable le soir, c'est que le retour dans les chambres et le moment du coucher en seront grandement facilités. Les jeunes seront moins enclins à s'agiter, à crier, à bavarder après l'extinction des feux. De plus, leur repos sera plus efficace, et donc ils seront plus à même de s'amuser à fond le lendemain, sans risquer l'énervement ou la blessure.

Soignez les conditions de mise en place : baissez les lumières, faites s'asseoir ou s'allonger les jeunes confortablement, veillez à pouvoir maintenir un maximum de silence au sein du groupe sans avoir besoin d'élever la voix, etc. Il est bien qu'à la fin (ou au cours) du RAC, les enfants ne remontent pas tous en même temps dans les chambres : un départ échelonné avec des animateurs répartis sur toute la longueur du chemin pour inviter à chuchoter et éventuellement guider est mieux et évite de laisser redémarrer une quelconque agitation.


Des exemples

Si dans l'idéal le RAC est adapté à l'imaginaire et aux règles de l'animation qu'il clôture, on peut aussi le décoréler lorsqu'on manque d'idées. Voici une liste non-exhaustive d'idées.

- Le conte : un grand classique, facile à penser, pas si facile à bien présenter. Il faut un ou deux animateurs avec un minimum de bagout, capables de s'exprimer avec aisance et grâce, dans l'idéal ayant une formation dans le théâtre et le spectacle. A eux de raconter une histoire aux enfants. Ceux-ci peuvent s'allonger sur des tapis, des coussins ou un sol pas trop inconfortable. On peut jouer avec les éclairages pour plonger la pièce dans une lumière tamisée avec plus ou moins d'effets (toujours en douceur !) pour accompagner les péripéties, et diffuser une petite musique douce en fond, au début et à la fin. La lumière tamisée n'est possible que si l'animateur qui raconte connaît son histoire sur le bout des doigts : il n'a ainsi pas besoin de lire et peut circuler comme il le souhaite dans la salle.


- Le " spectacle " : s'il y a des animateurs avec un talent artistique, c'est le moment de l'utiliser : bolas lumineuses ou enflammées, crachage de feu, danse, instrument de musique... Attention aux distances de sécurité, et pensez à répartir les autres animateurs parmi le groupe, pour veiller à écarter tout danger et à maintenir le calme.

- Le Maître du Temps : les jeunes sont invités à fermer les yeux. Ils vont devoir mesurer le passage du temps, simplement en comptant dans leur tête et en se concentrant. Ils comptent le passage des secondes jusqu'à soixante, et lorsqu'ils pensent qu'une minute s'est écoulée, ils lèvent la main en silence, et toujours en gardant les yeux fermés. L'animateur qui mène a un œil sur une montre digitale ou avec une trotteuse, et désigne le " Maître du Temps ", c'est-à-dire celui qui a levé la main au plus proche de la vraie minute. On peut corser un peu en montant jusqu'à deux minutes lorsque les jeunes connaissent bien l'animation.


- Les statues : on raconte une histoire à propos d'éléments immobiles dans un décor donné (statues dans musée, nains de jardins, mannequins dans des vitrines, ...) pendant que les jeunes marchent en silence dans la pièce. On invite les jeunes à réfléchir tout en marchant à une pose à prendre pour imiter ces personnages immobiles. On précise qu'il faudra la tenir pendant longtemps et qu'elle doit être confortable. Au signal, les enfants s'immobilisent dans la pose choisie. Les animateurs circulent parmi eux et indiquent à tour de rôle aux plus immobiles qu'ils peuvent retourner dans les chambres. On peut espacer les départs d'autant qu'on veut.

- Le blind test : celui-ci nécessite au moins quatre ou cinq animateurs volontaires et prévenus à l'avance. Les enfants ferment les yeux. Chacun son tour, un animateur chante une chanson douce. Attention elle ne doit pas être reconnaissable par les enfants, pour éviter qu'ils chantent en cœur. L'animateur qui mène le jeu invite les enfants à deviner qui vient de chanter. Il énonce les noms des animateurs présents. Lorsqu'ils entendent le bon nom, les enfants doivent lever la main en silence. Il s'agit d'un jeu très facile, mais bien sûr le but n'est pas de nommer un grand gagnant.

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[Vendredi 14 septembre]
Séquence de cours : Jules Barbey d'Aurevilly, Les Diaboliques (1874), " Le bonheur dans le crime" : une histoire " dictée par le Diable " ?

Niveau conseillé : secondes générales et technologiques

Objet d'étude : le récit, du réalisme au naturalisme

Borderline

Après une séquence sur le corps dans les récits du XIXe siècle (cf. un article précédent), je me permets d'aborder une oeuvre un peu en marge du programme, mais que j'adore à l'égal d'un texte sacré. Le recueil Les Diaboliques serait trop long et trop complexe à faire étudier à des secondes, alors je me concentre sur ma préférée, et je présente la victoire d'une femme forte.

Lectures analytiques

Le début de la nouvelle s'organise autour de la question suivante : en quoi la citation en exergue est-elle justifiée :
Dans ce temps délicieux, quand on raconte une histoire vraie, c'est à croire que le Diable a dicté...
On peut la reformuler ainsi : qui est le Diable dans ce récit ? Le docteur Torty dont le texte est le portrait ? Le narrateur ? Les personnages d'Hauteclaire et Serlon qui arrivent plus loin ?
Ce début est aussi l'occasion de faire des rappels, de lexique notamment : sur ce qu'est un incipit, ce qu'est une nouvelle, un récit à focalisation interne, etc.


La deuxième lecture peut se concentrer sur le portrait d'Hauteclaire au Jardin des Plantes, et le duel avec la panthère. Il permet de montrer que tous les indices sur le la suite du récit et sur le caractère du personnage se trouvent dans cette présentation initiale : le mal avec l'évocation de la magie païenne et l'animalité, l'amour inconditionnel, l'escrime, le brouillage des genres...

Avec le troisième extrait, on peut s'amuser un peu en mettant les élèves sur la voie d'une interprétation érotique. L'épisode du docteur surprenant Serlon et Hauteclaire en plein entrainement d'escrime de nuit comporte en effet tous les codes de la scène de voyeurisme. Il s'agit aussi de faire des rappels sur le registre fantastique.

Enfin, l'excipit est le moment où on peut reformuler la question et les réponses initiales de la première lecture analytique : qui est le plus diabolique ? Serlon ? Hauteclaire ? Le docteur ? Le narrateur ? Le lecteur ?

Documents et activités complémentaires

L'entrée dans l'oeuvre et le lancement vers la lecture peut se faire par l'étude du titre du recueil et de la nouvelle : on souligne les thèmes annoncés, le fait que le projet de l'auteur soit de présenter des femmes pécheresses, mais que le titre reste épicène, etc.
On peut aussi, toujours pour l'annonce des thèmes, présenter quelques gravures de Félicien Rops pour l'édition de 1866. Vos futurs premières littéraires émo ou gothiques devraient se révéler à ce moment-là...


Le site de l'INA comporte des extraits d'une adaptation filmée par Jean Prat avec Mireille Darc dans le rôle principal, et notamment la scène du combat de nuit (troisième lecture analytique). C'est éventuellement le moment de proposer des analyses de mise en scène de combats à l'écran, en faisant des comparaisons avec le Cyrano de Bergerac de Rappeneau, Princess Bride de Rob Reiner ou encore des extraits de Star Wars.


J'aime aussi faire une séance d'entrainement à la prise de notes dans la séquence : après l'introduction de la méthode, en accompagnement personnalisé par exemple, on peut proposer un cours magistral d'une quarantaine de minutes sur la biographie de Jules Barbey d'Aurevilly et le contexte des Diaboliques. C'est une séance à évaluer ensuite, pour que les élèves prennent la mesure du ratio contenu de cours / notes / contenu à mémoriser.

Enfin, la méthode du commentaire composé peut donner lieu à une évaluation sommative sur un cinquième extrait : la mort de Delphine de Savigny est intéressante pour le changement de caractère du personnage, qui devient alors aussi diabolique et féroce que sa rivale.


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[Vendredi 6 juillet]
Petit lexique de l'animateur 3 : Les Petits Jeux Cons ou " PJC "

Avertissement

Si vous êtes jeune, animateur ou directeur et que vous n'êtes pas encore en séjour, vous allez sans doute partir incessamment sous peu. Dans cet article, je vais donc traiter d'un sujet qui me tient à cœur, et que j'ai trouvé trop souvent méconnu dans les équipes avec lesquelles j'ai travaillées. Le ton va être volontairement sérieux, car il s'agit de quelque chose qui, heureusement, peut n'avoir que peu de conséquences, mais qui peut aussi très vite tourner au drame. Je n'ai (ouf !!!) pas vécu les exemples donnés, et aucune de mes équipes n'a fait subir ça à des enfants, mais le risque zéro n'existant pas, il faut être tous vigilants pour passer d'excellents séjours durant lesquels tout le monde s'amuse.
Pas de panique cependant, les cas graves restent très minoritaires et isolés. Les animateurs sont la plupart du temps des gens très compétents qui accomplissent un travail formidable.

Une première définition...

Est considéré comme PJC tout jeu qui vise à rire au dépend d'un ou plusieurs jeunes, en les humiliant, en les salissant, en les rendant ridicules, en leur faisant peur ou en mettant en danger leur sécurité physique ou affective.

... quelques exemples ...

Le jeu dit de " la boîte à clous " : il consiste à aller déranger un jeune dans son sommeil en lui demandant " Hey ? Elle est où la boîte à clous ? Hey, hey ! Tu l'as rangée où la boîte à clous ? " Comme la personne dort, elle va être désorientée et faire des réponses absurdes.
Pourquoi est-ce dangereux ? Sans parler du fait qu'elle ridiculise le dormeur, ce jeu perturbe son sommeil. Or, celui-ci représente la base de la santé d'un jeune en colonie : un séjour demande toujours beaucoup d'énergie, les journées sont longues et intenses, tant sur le plan émotionnel que sur le plan physique. Il faut donc absolument respecter les cycles de sommeil, d'autant que ces chers bambins sont en pleine croissance. De plus, plus un jeune est fatigué, plus il risque de se blesser.

Le jeu du verre d'eau : il s'agit de s'en prendre toujours au sommeil du jeune en lui mettant un doigt dans un verre d'eau pendant qu'il dort, ce qui déclenche un réflexe d'urination.
Pourquoi est-ce dangereux ? Pour toutes les raisons que j'ai exposées plus haut. Ici l'humiliation est extrêmement violente.

L'opération Nintendo : Désolée pour le géant japonais, qui n'a rien demandé à personne, mais ce jeu est ainsi nommé parce qu'il consiste à aller dessiner des ronds et des croix (comme sur une manette) sur le visage d'un dormeur.
Pourquoi est-ce dangereux ? Le risque est ici essentiellement le ridicule au réveil. L'humiliation est suffisante pour empêcher un jeune de repartir en séjour.

... et une définition plus générale, absolument nécessaire

On peut en réalité étendre l'appellation de " Petit Jeu Con " à tout jeu qui n'a pas de visée pédagogique. En colonie, les enfants sont là pour grandir et s'épanouir, gagner de l'autonomie grâce à l'amusement, et surtout être heureux au sens fort du terme : il s'agit de leur apprendre à reconnaître ce qui est bon pour eux, et ainsi les faire franchir une étape sur le chemin qui mène à l'âge adulte.
Donc, quand vous mettez en place un jeu, quand vous préparez une animation, ayez toujours cette question en tête : quel est l'objectif de mon jeu ? ou autrement dit : qu'est-ce que je veux apprendre aux enfants ? La réponse peut-être toute simple : la cohésion d'équipe, savoir se servir d'un frisbee, etc.

Soyez vigilants dans tous les cas : en effet, si les exemples que j'ai cités plus haut sont indiscutablement dangereux et à prohiber, d'autres jeux peuvent laisser plus de place au doute : en effet, tout jeu à élimination par exemple doit être réfléchi. La balle au prisonnier peut être bien menée (je vous donnerai un jour les règles de sa variante pédagogique, la balle grenobloise), mais peut aussi tourner au PJC si ce sont toujours les mêmes qui finissent prisonniers, donc qui sont visés par les adversaires mais jamais sauvés par leur équipe.
D'autres classiques sont aussi à mettre en question : la bataille d'eau et le choco-rallye parmi d'autres... La bataille d'eau pour le gaspillage et les risques de salissures, le choco-rallye parce qu'il place un enfant dans une position ridicule au centre d'un cercle, et empêche les autres de profiter du chocolat. Ces deux jeux peuvent être modifiés pour redevenir des animations pédagogiques, mais il faut vraiment bien les penser pour cela.

Que faire si vous assistez à un PJC ?

Vous devez intervenir immédiatement. La pression du groupe peut-être forte en colonie, même au sein d'une équipe d'animation, mais il faut garder à l'esprit que c'est vous qui avez raison, et que vous remplissez vos fonctions en étant du côté de la loi : vous protégez la sécurité physique et affective des jeunes.
Dans l'idéal, il faut intervenir de manière à ne pas saper l'autorité de l'adulte meneur du jeu. Il faut lui expliquer à part, pourquoi ce qu'il fait peut faire du tort aux enfants, et comment éventuellement modifier les règles pour que l'animation redevienne pédagogique.
Si vous l'estimez nécessaire, référez-en à votre directeur. Si votre directeur n'intervient pas non plus, il vous faudra peut-être avoir recours à l'organisme organisateur. Cela va vous demander beaucoup de courage, mais encore une fois, c'est vous qui êtes du côté de la loi.


Dernière chose : jusqu'à présent je n'ai parlé des PJC que comme s'adressant en priorité aux jeunes. Mais l'amusement et l'épanouissement doit concerner tout le monde. Il est évident qu'aucun des jeux précédemment cités ne doit se faire à l'encontre d'un adulte du centre. Il faut intervenir dans ce cas-là aussi.


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[Jeudi 7 juin]
Spécial baccalauréat 2018

Dernière ligne droite

A deux semaine de l'épreuve écrite anticipée de français (EAF écrite), si vous êtes en première générale ou technologique, vous devez en être à peu près à la moitié de vos révisions.
Cet article arrive donc un peu tardivement, et je vous présente pour cela toutes mes excuses. Je vais néanmoins essayer de vous prodiguer quelques conseils de dernière minute.

1. Il faut y croire

Je ne parlerai pas de confiance dans cet article, parce qu'elle fait trop écho en ce moment pour moi à certaines politiques éducatives dont je reparlerai...

Mais, il faut croire en deux personnes pour ces révisions.

La première, c'est votre professeur. Que vous l'appréciez ou non, que votre classe ait bien fonctionné avec lui ou non cette année, il faut garder à l'esprit qu'il est le premier pilier de votre réussite. C'est un professionnel, qui, quelque soit son parcours (mais en général il a cinq ans minimum d'études derrière lui, a passé un ou plusieurs concours et a plus de quatre-vingt dix élèves face à lui chaque année) est forcément plus expérimenté et donc plus expert que vous dans sa matière. Donc, même si, avant l'épreuve, vous ne voyez pas l'intérêt de ce qu'il vous demande de faire ou d'apprendre, il sait, lui, ce qu'il fait et ses exigences ont toujours une bonne raison d'être.
Fiez-vous à la liste de textes qu'il a conçue, aux outils qu'il a mis à votre disposition, aux méthodes qu'il vous a demandé d'appliquer, etc. Et ce, avant tout autre prescripteur, enseignant, vulgarisateur, soutien... Il a corrigé vos copies, il a conçu une progression pour votre classe, c'est lui qui connaît le mieux vos points forts et vos difficultés, et pour cela, il mérite votre crédit. Tous les conseils que je vais pouvoir donner dans cet article sont moins utiles que ce qu'il vous aura dit pendant l'année.


La deuxième personne en qui vous devez croire, c'est vous. Même si vous êtes décrocheur, même si vos notes sont lacunaires, même si vous plafonnez à deux de moyenne dans la matière, vous avez forcément entendu, lu, vu des choses qui vous serviront dans les semaines à venir. Si vous êtes dans les cas que je viens de citer, il vous faut toutefois ne plus tarder à vous mettre au travail, pour au moins sauver les meubles.
Le jour J, vous devez avoir deux mantras : " Je sais des choses. " et " Je sais lire et écrire. " Je commence par expliquer le deuxième. Si vous êtes arrivé.e jusqu'au baccalauréat général et technologique, c'est que vous avez au moins les compétences pour comprendre et réaliser un écrit. Donc, surtout, présentez-vous à l'examen et rendez une copie complète et aboutie. Même un hors-sujet ou de la paraphrase sont mieux qu'une copie blanche ou une unique introduction. Fiez-vous à vos impressions de lecture : si vous ressentez quelque chose après avoir pris connaissance d'un texte, c'est que l'auteur le voulait ainsi (j'y reviendrai).
Enfin, si vous n'avez fait ne serait-ce qu'une seule heure de français entre la seconde et la première, il y a peut-être des choses que vous avez entendues qui pourront vous resservir. Donc, croyez en votre mémoire. D'autant plus si vous avez relu, révisé vos cours. Vous les connaissez.

2. Il ne faut pas faire d'impasse

C'est l'heure de la confession. Je suis tombée à l'oral de français sur le seul texte de ma liste pour lequel mes notes étaient lacunaires. J'ai eu huit (bon, j'ai quand même eu quinze à l'écrit hein, je ne suis pas là pour rien). Donc révisez TOUS vos cours, textes et documents. Et pour ceux qui vous semblent incomplets, demandez de l'aide à vos camarades, feuilletez votre manuel, complétez avec vos propres travaux, etc.

Révisez l'écrit en commençant à penser à l'oral. Pour deux raisons : vous n'avez peut-être pas beaucoup de temps entre les deux, si vous passez dans les premiers, et vos connaissances pour l'oral vont nécessairement vous servir à l'écrit. En effet, les textes de votre liste sont les exemples qui alimenteront votre dissertation ou votre sujet d'invention, et la méthode d'analyse est semblable à celle que vous devrez appliquer pour le commentaire. Sans compter qu'on fait rarement uniquement des auteurs de niche : les biographies que vous avez recherchées, les mouvements que vous avez découverts serviront sinon comme pistes de sous-parties, du moins comme amorces et ouvertures de devoir.

3. Il faut garder son calme

En complément (et non pas en remplacement) de ce que vous avez appris avec votre professeur, voici quelques petites astuces à appliquer face au sujet. Attention, ceci peut être anxiogène ou vous embrouiller l'esprit avec ce que vous avez l'habitude d'appliquer. Si c'est le cas, passez directement au point 4.

Face au sujet d'écrit :
- Vérifiez que vous avez bien l'intégralité du sujet : tous les textes, toutes les pages, toutes les questions. Si ça n'est pas le cas, signalez-le au plus vite au surveillant.
- Repérez l'objet d'étude, et rangez dans un coin de votre tête tous les autres : ils ne doivent plus vous parasiter.
- Lisez le paratexte pour repérer leurs auteurs, leurs dates, leurs titres. Avec ces informations et l'objet d'étude, vous avez déjà une bonne idée des connaissances qu'il va vous falloir mobiliser (il faut penser " théâtre " par exemple si on voit " Molière ", " Lumières " et " argumentation " si on voit " Voltaire ", etc.).
- Lisez l'intégralité des textes une première fois, et l'ensemble des questions. Ceci toujours dans l'objectif d'orienter votre réflexion.

Ce à quoi il ne faut pas ressembler

- Commencez toujours absolument par la question de corpus, dont vous allez pouvoir réutiliser des éléments pour la suite. Même si elle n'est qu'une toute partie de la note, c'est en fait du temps perdu pour en gagner. Elle a été conçue pour vous donner une première approche des textes. Par contre, si au bout d'une heure, top chrono, vous ne l'avez pas finie, passez à la suite. Ne faites pas comme moi.
- Suivez votre plan de brouillon. Votre vous d'il y a une heure et demi était plus frais et donc plus efficace et plus fiable que votre vous de maintenant qui meurt d'envie d'écrire autre chose.
- Relisez-vous après chaque paragraphe. Et dans l'idéal, plusieurs fois : une pour chaque point de langue (sens du texte, sens de la phrase, accords sujets / verbes, conjugaison, accord dans le groupe nominal, homophones, orthographe lexicale). Ce sera beaucoup plus efficace qu'une relecture globale à la fin du devoir.
- Restez les quatre heures. L'épreuve a été pensée pour être faite dans ce laps de temps. Pas plus, pas moins. Si vous avez fini avant, faites les relectures dont je viens de parler à l'instant.

Face au sujet d'oral :
- Concentrez-vous sur les connaissances de l'objet d'étude et de la séquence dont est tiré votre extrait.
- N'hésitez pas à feuilleter votre manuel (ou votre oeuvre complète) si vous l'avez : c'est autorisé, et cela peut grandement vous aider. Attention toutefois à votre gestion du temps.
- Gardez toujours à l'esprit la question de l'examinateur : ce doit être votre seule et unique grille de lecture. S'il le faut, écrivez-la en violet à paillettes sur toutes vos feuilles de brouillon. Astuce : réutilisez ses mots dans vos axes de plan.
- Voici un ordre (indicatif) pour votre introduction : présentation du texte, lecture (le professeur peut vous interrompre avant la fin s'il est long, ça n'est absolument pas mauvais signe), rappel de la question, annonce de plan.
- Soignez votre apparence et votre attitude. Les formules de politesse sont requises à l'entrée et à la sortie de la salle, rappelez votre nom et votre établissement, rappelez les références de votre texte. Il n'est pas nécessaire de débarquer en tailleur ou en costume, mais il est nécessaire d'être habillé.e de manière propre et correcte. Evitez les baskets, les claquettes et les joggings. Ayez les cheveux longs attachés pour éviter les gestes parasites. Gardez à l'esprit qu'il faut montrer que l'examen est important pour vous, et que vous le prenez au sérieux.

4. Il faut être bien dans sa tête et dans son corps

Gardez-vous une journée, la veille de chacun des deux examens, pour faire tout autre chose que du travail scolaire. C'est absolument essentiel. De toute façon ce n'est pas ce que vous (re)verrez dans les dernières vingt-quatre heures qui changera radicalement votre note.


A l'écrit, peu importe votre tenue. L'essentiel est d'être habillé de manière confortable, pour tenir quatre heures dans une salle d'examen. Il faut se rappeler qu'on est en juin, et que vingt cerveaux (plus ou moins) qui travaillent, ça réchauffe l'atmosphère. Prévoyez un en-cas, même si vous ne le consommez pas : de l'eau et une compote en sachet par exemple (c'est à la fois sain et silencieux^^). Il vaut mieux avoir prévu du sucre, et ne pas s'en servir, que de faire une crise d'hypoglycémie.
Bon courage et bonne chance à toutes et à tous !


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[Jeudi 24 mai]
Petit lexique de l'animateur 2 : La sensibilisation (ou " sensi ")

Définition et mise au point

La sensi se place quelques temps (une heure, une demi-journée, un jour...) avant l'animation à laquelle elle prépare. C'est un peu une sorte de bande-annonce de l'activité : on introduit un personnage et/ou l'univers et/ou la problématique et/ou quelques éléments de game-play. Comme une bande-annonce, elle sert à donner envie de participer, de jouer, d'en savoir plus.


Elle n'est surtout pas à confondre avec l'introduction ou accueil (cf. le premier article de lexique sur le PSADRAFRA) : celle-ci se fait au début de l'animation, tous les animateurs concernés sont en costume et on démarre le jeu dans la foulée.
Bonus : une sensi peut être le moment d'intégrer le matériel dont les jeunes ont besoin. C'est le moment pour les personnages de rappeler d'apporter sa casquette, ses baskets, sa crème solaire, etc.

Petite typologie des sensi

       - Les " speed "
Si la sensi est indispensable pour tout jeu ou veillée, elle est aussi l'élément de l'animation sur lequel on passe le moins de temps (beaucoup d'autres choses sont indispensables : les règles, l'installation, le repos des animateurs...). On peut faire d'excellentes sensi en quelques minutes chrono, avec trois bouts de tissus et un peu de conviction. Une apparition éclair au repas par exemple peut faire l'affaire quand on a utilisé son précieux temps pour autre chose.

- Les silencieuses
Ce nom-là (comme ceux qui suivent) est de moi. Les plus évidentes se font sous forme d'affiches. Celles-ci conviennent très bien pour les sorties, les spectacles ou les tournois. Il faut les placer le plus en évidence possible (à la sortie des douches ou dans les couloirs de chambre), et assez tôt. Elles sont idéales pour les rappels de matériels et habillements pour les jeunes.
On peut ensuite se servir de ces sensi pour introduire du mystère : un objet abandonné que les jeunes retrouvent et sur lequel ils vont s'interroger par exemple. Ou au contraire, un objet (la peluche-mascotte ?) que les jeunes ont l'habitude de voir et qui a disparu. Les meilleures sensi de ce type que j'ai vues sont celles des séjours " Harry Potter " : une vieille coupe cabossée était en réalité un Portoloin qui devait amener les jeunes sur le lieu de l'animation, et la cage d'Hedwige qui nous avait accompagnée toute la semaine avait été retrouvée vide un matin... La pauvre chouette avait été transformée en blob par le grand méchant !


- Les classiques
La sensi la plus couramment utilisée consiste à faire venir un ou plusieurs personnages de l'animation, en costume. Ce type de sensi fonctionne bien aux repas : les personnages mangent avec les jeunes, qui ont le temps d'apprendre à les connaître, de découvrir leur univers etc. Et surtout, les personnages ont alors le temps d'expliquer pourquoi ils sont là, pourquoi ils ont besoin des jeunes, etc.
On peut aussi imaginer, quand le temps le permet, une mise en scène, un petit sketch entre les personnages, qui introduisent l'animation. C'est particulièrement intéressant pour les jeux compétitifs, où les personnages introduisent le conflit : on peut dès lors commencer à choisir un camp. Dans la même catégorie, j'attribue la palme d'or à une équipe d'animation qui partageait le centre d'une autre colo sur laquelle j'étais : Mario et Peach étaient venus manger avec les enfants. A la fin du repas, Wario avait débarqué avec fracas, enlevé une Peach hurlante et désespérée sur son épaule et était reparti sans laisser de trace.

- Les personnalisées
Pour celles-ci je vous renvoie à ma veillée Animenteur. On peut envoyer à chaque jeune une invitation individuelle. Ces sensi marchent bien pour les soirées dansantes ou toutes les animations avec un univers qui se veut (faussement) sérieux et formel : une veillée enquête, une soirée de gala, un spectacle... L'invitation devient alors un laisser-passer, qu'il faudra présenter à l'entrée, sous peine de se faire refouler par le videur, ou de se voir refuser une accréditation secret-défense. Attention, il faut que la tranche d'âge sache lire : si une affiche peut encore se faire avec un schéma joliment illustré et présenté, sur un petit bout de carton c'est un peu plus difficile.


- Les à distance
Les plus simples dans cette catégorie : faire appeler en haut parleur un animateur, dans son personnage ou non, qui transmet une problématique d'univers que les jeunes devront résoudre.
On peut aussi recevoir une lettre d'un personnage lointain, qui annonce sa venue ou envoie les instructions pour venir jusqu'à lui.
Les plus sophistiquées consistent à filmer un animateur dans un personnage et un décor propres à l'animation. Celles-ci fonctionnent bien pour les menaces du grand-méchant qui ne peut pas toujours intervenir directement sur le centre (ben oui, celui-ci bénéficie quand même d'une protection magique !).

- Les audacieuses
Comme toujours en animation, votre seule limite c'est le budget votre imagination. Adaptez votre sensi à votre univers et votre activité, et laissez-vous surprendre.
C'est en écoutant un directeur avec un peu de bouteille qui rêvassait pendant une réunion de préparation que j'ai eu l'idée de faire atterrir une peluche de chouette en parachute en plein milieu du goûter, avec une lettre dans les pattes.


Je profite de cet article pour un sujet qui n'a rien à voir, mais qui me tient à cœur. Cette courageuse libraire monte un projet de librairie indépendante dans la ville de Massy (91). Son financement participatif est en bonne voie, il lui reste 20% de son montant à obtenir pour le démarrage du projet. Je me doute qu'il n'y a pas beaucoup de Massicois dans les lecteurs, mais que ce soit pour un peu de bouche-à-oreille ou une petite (mais très généreuse !) participation financière, n'hésitez pas à soutenir cette superbe démarche !


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[Dimanche 29 avril]
Séquence de cours : Lucrèce Borgia (1833) de Victor Hugo, un monstre maternel ?

Niveau conseillé : premières générales
Objet d'étude : Le théâtre, texte et représentation

Fil rouge et motivations

Vous avez peut-être remarqué qu'il y a une petite thématique qui revient dans ma progression de première. Outre que le monstre est un sujet qui me fascine, cela aide mes élèves à percevoir la cohérence de mon enseignement. Il s'en trouve toujours au moins un pour le souligner.
A la vérité, j'ai moi-même remarqué cette cohérence a posteriori. J'avais eu droit à un formidable cours sur le théâtre XIXe à l'Université Lumières, grâce aux travaux d'Olivier Bara. Comme on n'enseigne bien que sur ce qui nous passionne, je me délecte de reprendre l'étude de cette pièce avec les élèves.

L'intérêt des élèves est suscité dès que je prononce le mot " inceste ". En général, je fais un effet d'annonce en classe avant de les lancer dans la lecture à la maison en disant que Lucrèce Borgia, c'est un peu comme Le Trône de Fer mais sans les dragons ni les Marcheurs Blancs. Quand en plus ils se rendent compte qu'il y a une révélation à la Star Wars (spoiler alert !), c'est gagné.

Lectures analytiques

Comme souvent dans une lecture intégrale, il est judicieux de traiter les entrées et issues de l'oeuvre : la scène d'exposition et le dénouement sont l'occasion de revoir le lexique du théâtre, les enjeux types de ces scènes, etc. L'exposition permet de souligner les effets d'annonce tragique, sur l'identité du personnage principal (mais pas éponyme pour des raisons de cachet au moment de la création...), sur ses liens familiaux et d'amitié, ses valeurs...
Le dénouement (qu'on étudiera en dernier bien sûr, mais que je place ici pour justifier la cohérence) est le moment de rappeler les codes de la scène de reconnaissance en théâtre, et de montrer l'ambiguïté du personnage de Lucrèce qui dure jusqu'à la dernière réplique : en se révélant, elle enferme son fils, volontairement ou non, dans son identité tragique.


En annonce de cette scène de reconnaissance on aura pu faire l'acte I, première partie scène 4 : le carnaval de Venise est l'occasion pour Lucrèce de faire tomber son masque de costume, mais de ne pas se révéler réellement. On pose aussi avec cette scène les enjeux de l'appel du sang, qui devient presque incestueux. Gennaro, lui-même fruit d'un inceste fraternel, est étrangement attiré par la beauté de sa mère.
Enfin, pour préparer la scène d'empoisonnement final, et rappeler les codes du décor mélodramatique, on peut étudier l'acte II, première partie scène 4. Le sauvetage in extremis de Gennaro et la fuite par l'escalier dérobé devraient rappeler des éléments d'histoire des arts du spectacle aux élèves.

Documents complémentaires

ATTENTION TRANSITION : l'introduction au cours passe en effet par l'histoire du théâtre et de la mise en scène au XIXe siècle. Aux élèves de rappeler les codes de la tragédie classique qu'ils ont appris en seconde, avant de comparer avec les documents sur le mélodrame et le drame romantique. On explique ainsi les spectacles présentés sur le Boulevard du Crime à Paris, la recherche du spectaculaire, voire du sanguinolent, l'ajout des musiques et des rebondissements, avant de montrer comment les romantiques, comme Alexandre Dumas et Victor Hugo transforment la tragédie pour créer le drame. On termine sur l'histoire de la querelle d'Hernani.



Enfin, il faut bien sûr parler des mises en scène de la pièce elle-même. On trouve les costumes de la création, et notamment ceux de Melle Georges et de Frédéric Lemaître dans les rôles principaux. Il y a aussi sur le site de l'INA des extraits de mise en scène au festival d'Avignon et à la Comédie française. On peut alors établir des comparaisons, entre texte et mise en scène, et entre les mises en scène elles-mêmes. 
Il est bon de savoir aussi que la pièce avait été remontée il y a deux ans, avec Guillaume Gallienne dans le rôle titre.

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[Samedi 24 mars]
Animation : veillée " Animenteur "

En guise d'avant-propos...

Il y a quelque chose de méta et d'ironique dans le nom de cette animation. Je l'ai apprise lors de mon deuxième séjour. Au séjour suivant, que j'ai enchaîné une semaine après, le directeur à qui je l'ai proposée m'a affirmé avec un petit sourire : " Je la connais, c'est moi qui l'ai apprise à cette anim'. C'est mon ex... ". Il a ensuite ajouté devant mon flot d'excuses gênées : " T'inquiète, l'animation c'est l'art du plagiat. " Et en effet, c'est ainsi que les idées circulent dans ce petit monde. On participe, en tant que jeune ou en tant qu'animateur, à un jeu qui a bien fonctionné, on a donc envie de le réadapter à notre sauce. C'est d'ailleurs dans cet esprit-là que j'ai ouvert cette page : pour permettre le pillage éhonté (pirates !) de mes meilleures activités.


Comme souvent, ce jeu commence réellement pendant la réunion de préparation, entre animateurs : ne vous révélez pas tout de suite quelles sont les histoires vraies. Il est bien plus drôle de tenter de deviner autour de la table du cinquième repas...

Fiche d'activité

Tranche d’âge :
huit / dix-sept ans

Effectifs d’enfants (minimum-maximum) :
de douze à soixante

Description de l’animation :
Les jeunes sont répartis en équipe, de trois à cinq-six joueurs. Ils ont une feuille de route pour prendre des notes et savoir quel animateur aller voir dans quel ordre.
Ils passent cinq minutes auprès de chaque animateur, qui leur raconte trois histoires extraordinaires qui lui seraient arrivées. Deux sont fausses, une est vraie. L'objectif est de retrouver laquelle est la vraie.
Exemples d'histoires (que j'ai réellement entendues en colonie) extraordinaires, mais vraies :
- J'ai donné des cours de mathématiques à une membre du groupe L5.
- J'ai joué au tennis avec une future miss France.
- Je me suis baigné.e dans la Seine.
- J'ai croisé un loup en liberté lors d'une promenade au Québec.
...

En fonction de la tranche d'âge, soit l'animateur raconte de façon détaillée chaque histoire, et les enfants ne posent qu'une ou deux questions (pour les plus jeunes), soit il les résume brièvement et c'est à l'équipe de poser un maximum de questions pour déterminer quelle histoire est réelle.
Il faut, dans l'idéal, faire deux tours et que chaque équipe voit deux fois chaque animateur.
A la fin de la dernière entrevue, l'animateur garde avec lui la dernière équipe à l'avoir interrogé. Il ne peut plus les aider ni leur dire quoi que ce soit. L'équipe a cinq minutes pour une dernière concertation avant d'inscrire ses réponses définitives sur la feuille de route, qu'elle remettra ensuite à l'animateur avec elle.
On rassemble les équipes, on annonce les réponses. L'équipe à découvrir le plus d'histoires vraies est gagnante.

Déroulement de l’activité :
  • Type de jeu :

Compétitif par équipes
  • Objectifs de l’activité : 

Favoriser l'esprit critique et l'analyse de la parole, apprendre des choses extraordinaires sur ses animateurs.
  • Imaginaire :

Comme les animateurs doivent rester dans leur propre rôle, c'est aux jeunes, pour une fois, de se placer dans la peau des enquêteurs : on peut les déguiser, les accessoiriser en fonction... S'il y a suffisamment d'animateurs sur l'activité pour que le référent soit détaché et ne raconte rien, il peut jouer aussi un rôle d'enquêteur plus ou moins moderne : un agent de la CIA, Sherlock Holmes, Miss Marple, Hercule Poirot, Scully ou Mulder...
  • Sensibilisation :

Dans le cas où les jeunes sont enquêteurs, ils peuvent recevoir une invitation personnalisée au dîner qui précède, sur leur assiette par exemple, à la place qu'ils occuperont.
C'est aussi un bon moyen de faire les équipes à l'avance : les couleurs d'invitation peuvent être alternées et représenter les équipes.

  • Lieu :

Un grand espace où les animateurs pourront s'installer en cercle étendu, de manière à tous se voir, sans pour autant se gêner acoustiquement parlant.
  • Comment se lance le jeu ? (besoin de faire des équipes ? qui ? quand ? comment ?) :

Les équipes peuvent se faire en fonction des invitations de la sensibilisation.
Après explication des règles en grand groupe, chaque animateur part prendre sa place accompagné de la première équipe. Un signal sonore (voix, sifflet, musique...) donne le top départ, l'animateur a cinq minutes pour ses trois histoires et les questions.
  • Quels sont les rebondissements pendant le jeu ?

S'il y a assez de temps, on peut prévoir, en plus des histoires de chaque animateur, un stand " objets trouvés " : une table avec un objet " fétiche " ou emblématique par animateur. Il s'agira de retrouver à qui appartient quoi.
Prévoir dans ces cas-là forcément un deuxième tour de jeu avec chaque animateur, pour que chaque équipe puisse interroger tout le monde sur les objets. Il faut aussi un animateur qui se charge de gérer la table, afin que les objets ne soient pas (ou pas trop) manipulés par les jeunes.

  • Comment se conclue le jeu ?
Chaque animateur ramasse la feuille de route de la dernière équipe qu'il a vue, et se charge de la correction (il peut avoir un pense-bête quelque part caché).
On rassemble les équipes, on compare les feuilles de route et on annonce le gagnant.
  • Retour au calme :

A faire avec l'accord préalable des animateurs, parce qu'il peut en mettre certains mal à l'aise.
Les jeunes s'asseoient ou s'allongent en fermant les yeux.
Chaque animateur chante une chanson calme (attention, elle ne doit pas être comique ni entraînante, sinon l'effet obtenu peut-être diamétralement opposé à l'objectif d'un RAC).
Ensuite l'animateur référent énonce les noms des animateurs présents. Quand ils entendent le nom de l'animateur qu'ils soupçonnent d'être le chanteur, les jeunes doivent lever la main en silence, et en gardant les yeux fermés.

Préparation :
  • Matériel nécessaire ? (quoi, combien)

Une feuille de route par équipe, préparée à l'avance avec l'ordre des animateurs qu'elle doit voir et de la place pour prendre des notes et inscrire ses réponses.
Un stylo ou feutre ou crayon par équipe.
Un signal sonore pour marquer le temps.
De quoi chronométrer les cinq minutes d'entretien par animateur. Si chaque animateur a sa montre, c'est le mieux.
Une table avec les " objets trouvés ", un par animateur.
  • Combien d’animateurs nécessaires ?


Un par équipe, en comptant ou non le référent, selon les moyens et s'il y a une table d' " objets trouvés ".

Remarques et avertissements

Attention, c'est une veillée qui peut être très chronophage. Il faut vraiment être très rigoureux sur le temps de chaque équipe avec chaque animateur, et ne pas laisser celui-ci s'éterniser sur ses récits. Cadrez bien ceux que vous connaissez pour être bavards ou excellents conteurs. Calculez bien aussi le temps total, sans oublier l'annonce des réponses et des résultats et en incluant le retour au calme, pour ne pas dépasser l'heure du coucher.
Evidemment, pour que cela fonctionne, il ne faut pas être dans un séjour à imaginaire fil rouge : les animateurs doivent être dans leur propre rôle.


Pour que chaque histoire soit crédible, y compris les fausses, vous pouvez vous inspirer de domaines que vous connaissez. J'ai pour habitude d'en raconter une selon laquelle j'aurais auditionné pour être petit rat de l'opéra : souvent les jeunes me demandent alors une démonstration. Comme j'ai fait huit années de danse classique, ça suffit à faire illusion.
Inversement, pour solliciter un peu l'esprit critique des jeunes, vous pouvez aussi, à dessein, glisser une minime incohérence (des dates par exemple) dans ce que vous racontez. Les plus sagaces auront alors des points d'accroche !

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Séquence de cours : Aux frontières de l'humanité, le monstre dans les genres de l'argumentation

Groupement de textes à visée argumentative et de genres variés sur le monstre et la monstruosité.

Niveau conseillé : premières générales
Objet d'étude : L'Homme dans les genres de l'argumentation

Quand et pourquoi

Quand j'étais lycéenne, la séquence sur l'argumentation était celle qui m'intéressait le moins. A l'époque (comme diraient mes élèves...), elle était abordée principalement avec les Lumières, le cynisme de Voltaire, le sentimentalisme de Rousseau et la rigueur de Montesquieu. Pas vraiment ma tasse de thé... Mon objectif en enseignant le français en lycée était donc de dynamiser un peu ce cours.

Why so serious ?

A ce titre, les manuels des éditions Hachette, dirigés par Miguel Degoulet, François Mouttapa et Valérie Presselin, ont été mon inspiration principale : le titre de la séquence vient de là, ainsi que quelques références de textes. Le côté X-Files de la formulation, l'aspect à la fois médical et fantastique du thème avaient tout pour me convaincre. La première fois que je l'ai mise en place, je l'ai faite avec " La Belle et la Bête " de Mme Leprince de Beaumont en oeuvre complète, et " Psychée ", d'Apulée, extrait de L'Ane d'or ou Les Métamorphoses, en lecture cursive. Elle avait alors très bien marché, mais je n'étais pas entièrement satisfaite de mon autre séquence sur le même objet d'étude, j'ai donc revu mes cours pour transformer le chapitre sur le monstre en étude de groupement de textes. Il y avait de toute façon énormément de choses à explorer, à faire lire, à étudier avec les élèves.
A posteriori, une autre justification me vient à l'esprit. Si les programmes ne changent pas dans les deux ou trois prochaines années (c'est mal parti, mais on peut toujours rêver), vont arriver en première des élèves qui auront étudié le monstre dans les contes et la mythologie en sixième. Commencer et finir leur cursus littéraire du secondaire sur le même thème pourrait être une manière intéressante de boucler la boucle.

J'aime commencer mon année par cette séquence. D'abord, ça me permet d'être débarrassée de l'objet d'étude une fois pour toutes. On s'amusera sur le théâtre en hiver... Ensuite, comme beaucoup de collègues, je lie logiquement les études de textes argumentatifs à l'apprentissage de l'exercice de la dissertation. Or, comme il s'agit d'un exercice très difficile, qui demande beaucoup d'entraînement pour progresser, je préfère le démarrer en début d'année pour avoir le temps d'y revenir.

Les lectures analytiques

Tout l'enjeu de cette séquence, pour moi qui goûte peu l'argumentation directe (cf. mon article sur Pascal), est de ne pas laisser trop de place à l'argumentation indirecte, et de vraiment varier les genres. Plusieurs sont possibles : un extrait de Racine à propos de Phèdre, de Britannicus ou d'Athalie pour les monstres moraux au théâtre, un extrait des Liaisons dangereuses de Laclos ou de La Philosophie dans le boudoir de Sade sur la cruauté, un extrait du Silence de la mer de Vercors pour la monstruosité dans l'Histoire...
Ceux sur lesquels j'aime travailler sont les suivants. Je procède dans l'ordre chronologique, pour structurer un peu la culture littéraire des élèves, et je commence par Montaigne. Le chapitre 30 du livre II des Essais permet de définir l'argumentation directe, d'aborder l'humanisme à la Renaissance et même de travailler la structure du paragraphe de dissertation : les mouvements du texte montrent Montaigne observateur, qui pose une thèse, Montaigne en réflexion, et enfin Montaigne en conclusion philosophique, avec Cicéron comme argument d'autorité.


Le XVIIe siècle me permet de caser l'apologue, avec la cruauté et l'animalité dans les Fables de La Fontaine, et notamment la confrontation à l'oeuvre dans " Le Loup et l'Agneau ". On pose ainsi en début d'année les codes de la versification, de la narration, et on montre l'art oratoire et la logique de l'Agneau, face à l'hypocrisie violente du Loup.
C'est avec le XVIIIe siècle que je peux garder un peu de Mme Leprince de Beaumont, à travers le dîner de la Belle et la Bête. Il s'agit de bien expliquer aux élèves que le conte ne signifie pas simplement qu'il faut aller au-delà des apparences, mais bien que la Bonté est la qualité maîtresse, plus importante que l'intelligence, la culture et la richesse. Pas si évident... Le contexte de l'oeuvre aide un peu : elle apparaît dans un manuel d'éducation complet, que l'auteure a rédigé parce qu'elle était gouvernante pour des jeunes filles anglaises.
Enfin, je me débarrasse aussi du théâtre de l'absurde, avec un extrait de Rhinocéros de Ionesco. Cela m'évitera d'avoir à le faire plus qu'en document complémentaire dans l'objet d'étude théâtre, et je peux conclure sur l'ensemble des études : l'argumentation indirecte au théâtre, le lien entre monstruosité physique et morale, la dénonciation des travers de la société...

Textes et documents complémentaires

Le grand absent de mon corpus, c'est le XIXe siècle. Je l'aborde en faisant du vampire mon monstre " fil rouge " des lectures complémentaires et cursives. Et c'est là que surgit la grande tragédie des cours : je n'ai jamais le temps de faire étudier aux élèves autant d’œuvres que je le voudrais. Et pourtant, il y aurait tant à explorer : Buffy contre les vampires, What we do in the shadows, Vampires : la Mascarade, plusieurs poèmes de Baudelaire, l'oeuvre d'Ann Rice...


Je divise l'étude en deux étapes : les documents picturaux et les textes littéraires. Je fais analyser le passage de l'écrit à l'écran, de Bram Stoker à Murnau et Coppola. J'aborde la sensualité avec le tableau de Munsch, la poésie de la laideur avec le film de Jim Jarmusch. Et puis je fais l'évolution des codes du vampire : la morsure au sein dans Carmilla de Sheridan Le Fanu, et la sexualité ambiguë de Lestat amènent forcément mes élèves à évoquer la prude morsure au poignet des vampires fluorescents de Twilight, qu'on peut abondamment commenter en connaissant le contexte de l'oeuvre.
Je me débrouille pour, comme dirait ma tutrice de stage, " faire du Karl Lagerfeld avec les programmes ", et on trouve ensemble la définition de l'Homme apportée en creux dans chacune des œuvres.
En lectures cursives, je laisse aux élèves le choix entre La Morte amoureuse de Théophile Gautier et Carmilla. Ils me permettent de faire quelques rappels sur le registre fantastique, qu'ils n'ont souvent pas beaucoup revus depuis la quatrième.

Et en ouverture...

A la fin de l'année, un dernier devoir surveillé me permet de faire faire des révisions globales sur l'année. Généralement, je finis avec une séquence sur le genre romanesque. Je donne donc un commentaire composé à la croisée des notions, avec un extrait de L'Homme qui rit de Victor Hugo (auteur que j'aime aborder en théâtre, on en reparlera...). La description de Gwynplaine permet de réactiver des connaissances de cours sur le récit, sur la monstruosité et même sur la théâtralité, puisque le personnage est un saltimbanque. Je ne manque pas de souligner en correction qu'il a inspiré le créateur de Batman pour son arch ennemy le Joker.


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[Vendredi 26 janvier]
Petit lexique de l'animateur, 1 : le PSADRAFRA


Le PSADRAFRA est un acronyme mnémotechnique souvent donné en formation BAFA pour aider à la préparation des animations. C'est à la fois une sorte de " checklist " et un mode de réflexion pour réussir ses jeux. Il suit l'ordre chronologique de l'animation, de la préparation en amont, à la réflexion postérieure.

P comme préparation

C'est peut-être le moment le plus important. En animation comme dans l'enseignement, on ne peut pas réussir en improvisation, " au talent ", en se reposant sur son seul charisme. Le don naturel est une légende : ceux qui se reposent là-dessus finissent immanquablement par trouver un public avec lequel ça ne marche pas. Elle commencent en amont du séjour, plusieurs semaines avant, le plus tôt permettant le plus d'anticipation des problèmes.
La préparation comprend la planification : il faut avoir une vague idée (même si elle pourra être adaptable) du moment du séjour où l'animation va se dérouler.
Il faut ensuite être clair sur le ou les responsables. La répartition des rôles, la délégation des petites tâches peut se faire ensuite, et sur l'ensemble de l'équipe d'animation, mais il faut un ou deux référents en mesure de centraliser les informations et planifier les étapes.
Le choix du lieu est ensuite important, même si, souvent, on ne connaît pas le centre. Il faut au moins avoir une idée du terrain nécessaire : est-ce une veillée tranquille à faire à l'intérieur ? Faut-il une ou plusieurs salles ? Le terrain doit-il comporter des cachettes ou au contraire permettre de courir sur une zone dégagée ? Etc.

Une fois tout cela défini, il faut imaginer les règles et l'imaginaire du jeu, et vérifier que tout tourne bien à l'aide d'une fiche d'animation. J'ai posté ici un modèle de fiche qui convient, mais il en existe d'autres.
La fiche est à faire relire, par son directeur ou son directeur adjoint par exemple : un regard extérieur est toujours utile pour vérifier qu'on n'a rien oublié, que la tricherie n'est pas possible, que l'équilibrage fonctionne etc.
Le matériel qui a été listé dans la fiche est à préparer en partie avant le séjour et en partie sur place, mais toujours le plus tôt possible. Il fait partie des tâches qui peuvent être déléguées au reste de l'équipe.
La dernière partie est l'installation : il faut prévoir un moment pour le faire, bien avant l'animation, pour éviter tout retard, et vérifier que les animateurs qui en sont responsables peuvent se détacher sans mettre en difficulté le reste de l'équipe.

S comme sensibilisation

Souvent appelée " sensi ", elle mérite un article à elle toute seule, et j'en ferai un, avec des exemples. C'est une sorte de bande-annonce de l'animation, qui doit à la fois informer les enfants et leur donner envie de jouer. Plein de méthodes sont possibles, à choisir et adapter en fonction de l'animation. Elle se fait en amont de l'animation, par exemple au repas qui précède.

A comme accueil

L'accueil doit être à la fois clair et entraînant. Il doit expliquer les règles du jeu aux enfants, les consignes de sécurité, permettre la répartition des équipes (celle-ci peut avoir été faite avant), et surtout lancer le jeu, donc donner envie de s'amuser.
C'est un moment important, et pas forcément évident à mener, notamment pour des histoires d'explication de règles. Pensez qu'elles peuvent ne pas se faire forcément en grand groupe, mais dans chaque équipe par l'animateur référent de l'équipe. Elles peuvent être accompagnées d'un schéma, d'exemples joués par des animateurs, etc.


D comme déroulement

Vous devez avoir une idée du " timing " de l'animation, savoir ce qui va se passer à peu près à l'avance. Il aura été prévu en fonction des objectifs pédagogiques de l'animation, car oui, il en faut, sinon votre jeu devient un PJC (article de lexique à venir). Ces objectifs peuvent être de développer l'esprit d'équipe, de compétition, la réflexion, la stratégie... Il y en a plein de possibles.

R comme rythme

Je vous renvoie à mon premier article d'animation sur cette page pour celui-ci : j'avais déjà expliqué que c'était le nerf de la guerre. Il doit très régulièrement être relancé par des événements dans le jeu, de légères variantes aux règles, etc.
Il doit aussi commencer tout doucement à redescendre avant la fin du jeu, pour mener au retour au calme et à la sortie de l'imaginaire.


A comme animation

Celui-ci est une évidence ? Pas tant que ça... J'ai vu bon nombre d'animations mal préparées mais qui auraient malgré tout pu amuser les enfants si les animateurs avaient fait leur travail jusqu'au bout.
Il faut rester dans son personnage, montrer de l'enthousiasme, créer du jeu, constamment donner de l'épaisseur à l'imaginaire. Cela concerne en particulier les animateurs non référents du jeu. Si vous repérez des problèmes, il faut les signaler le soir en réunion, mais tant que les enfants demeurent en sécurité, il faut jouer votre rôle. Si vous ne vous amusez pas, si vous montrez des signes de lassitude, si vous pestez contre les règles, les enfants calqueront leur attitude sur la vôtre, et s'amuseront encore moins. D'un jeu médiocre, vous aurez fait une catastrophe. Pas sympa pour les collègues...
Animer se fait de manière toute simple en inventant des mini-jeux dans le jeu, en entraînant les enfants dans des " quêtes secondaires ", en leur donnant des responsabilités supplémentaires, en réveillant leur esprit de compétition par des cris de guerre, etc. On attend que les autres équipes soient prêtes ? Inventons un haka. Le parcours de la chasse au trésor est mal pensé ? Partons en quête de la chaussette de Merlin.

F comme fin

Le rythme a normalement mené à une redescente de l'agitation et de l'excitation. La fin doit se faire en deux temps : la conclusion et le retour au calme. Sur un jeu de journée, ces deux moments peuvent ne faire qu'un. Sur une veillée, un retour au calme sérieux est indispensable. J'y reviendrai aussi dans un article à venir.
La conclusion doit apporter une fin à l'imaginaire, annoncer le ou les vainqueurs s'il le faut, et permettre aussi un débriefing avec les enfants, dans la mesure où ils n'auraient pas tout vu, pas tout compris.
Le retour au calme permet un passage en douceur à la vie quotidienne. Il prépare notamment au sommeil le soir, et évite une remontée fracassante dans les chambres, avec cris, bousculades et bavardages post extinction des feux.


R comme rangement

Comme l'installation, il est à prévoir : on ne peut pas laisser un lieu d'animation encombré. Pour des raisons d'imaginaire d'abord : si on est parti dans le monde magique des Little Ponies, on ne peut pas retrouver des paillettes et des arcs-en-ciel sur le centre, car ce n'est pas au même endroit. Ensuite pour des raisons d'organisation : on retrouvera bien plus facilement le matériel, et on installera bien plus rapidement l'animation suivante si tout est rangé à sa place. Par respect pour finir : le personnel technique du centre ne peut pas faire le ménage dans une salle encombrée.
En fonction de l'heure, de la tranche d'âge, de l'imaginaire, il peut se faire avec les enfants : ils doivent aussi comprendre que tout ne leur est pas offert sur un plateau d'or, et qu'ils sont responsables du matériel qu'ils ont utilisé.

A comme analyse

Il faut être capable de faire sa propre autocritique, sur toute animation, y compris si elle a très bien fonctionné.
Elle se fait le soir en réunion, et tous les animateurs présents sur le jeu doivent y participer. Qu'elle ait été appréciée ou non, il y a toujours du positif à en dire, et des points à améliorer.


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[Jeudi 21 décembre]
Cours de français : mon enfant n'aime pas lire, comment le motiver ?

C'était récemment la période des conseils de classe, des remises de bulletin, des rencontres parents-professeurs. Et comme souvent, d'autant plus à l'approche des vacances et des fêtes, alors qu'on aimerait mettre quelques pavés sous le sapin pour nos chers bambins, la question de la lecture est dans l'air.
Voici quelques unes de mes réponses.

Dédramatisons

D'abord, ne pas aimer la lecture est un droit fondamental du lecteur : je m'inspire pour cela des idées de Daniel Pennac dans Comme un roman. Parmi ses " Droits imprescriptibles du lecteur " figure en article 1 : " Le droit de ne pas lire ". On a le droit de ne pas aimer toutes les activités intellectuelles exigées par l'école et la culture. Personnellement, je n'aime pas apprendre des formules mathématiques ou des déclinaisons par cœur. A partir du moment où un lecteur débutant sait cela, il se sentira libéré d'un poids important, qui, peut-être le fera revenir spontanément à la lecture.
Ensuite, ce n'est pas parce que quelqu'un n'aime pas lire de fictions longues, ou de " classique " que cette personne n'aime pas la lecture. La lecture peut se faire sous bien des formes : bandes dessinées, mangas, journaux, magazines, publications numériques, textes de jeux, boîtes de céréales... Et chaque support convoque des compétences propres, que tous les lecteurs n'ont pas. J'ai énormément de mal à lire une bande dessinée par exemple : souvent, j'ai envie de sauter des pages pour aller directement au dénouement. La presse n'est pas non plus mon domaine de prédilection.

Par où commencer ?

C'est toujours de Daniel Pennac que je m'inspire pour cette première méthode, mais aussi de constats et de techniques apprises en formation.

Les enfants qui affirment ne pas aimer la lecture ne doivent pas lire eux-mêmes. Il faut leur faire la lecture. Quel que soit son âge, même un étudiant de BTS, un élève adore ces moments de lecture offerte, " cadeau ", par l'adulte, qu'il soit le professeur ou le parent. Il y a un temps béni dans l'enfance où nos parents nous racontent l'histoire du soir. Et puis nous entrons en CP, nous apprenons à lire, et ce temps disparaît. C'est là que se joue le rapport à la lecture. Sitôt qu'il y a une démotivation, il faut revenir à ce moment de lecture partagée. Pour les grands, ce temps, parce qu'il est un peu régressif, est savoureux. Dans l'idéal, même en classe de secondaire, il faudrait un coin de la salle avec des coussins, des couvertures, des poufs, réservé à la lecture. Rêve utopique pour moi encore, mais je ne perds pas espoir.

Il y a deux ou trois sine qua non à ce moment : l'enfant ne doit lire lui-même (à haute voix ou non) que s'il en fait la demande. S'il ne le réclame pas, c'est l'adulte qui lit. En classe, la lecture orale par les élèves doit être préparée : si ce sont les élèves qui lisent, en découvrant le texte, ou pire, sans avoir été prévenus et volontaires, le moment peut devenir très laborieux et pénible. Le texte devient une gageure, alors qu'il devrait rester une oeuvre d'art à savourer. La lecture doit rester un moment de plaisir : il ne faut pas de questions de compréhension ou d'interprétation dans la suite. Comme tous les rituels, il faut s'y tenir et le faire régulièrement. Le désamour à la lecture ne se réglera pas instantanément, il faut de la patience.
Quelques conseils supplémentaires, quand ils sont applicables : s'appliquer sur le ton, s'arrêter dans les moments critiques de suspens (les fameux " cliffhangers "), laisser les enfants choisir eux-mêmes le livre. Ce dernier conseil ne doit pas vous empêcher de leur faire découvrir une histoire qui vous tient particulièrement à cœur.

La lecture par autrui est très importante pour les dyslexiques. Quand on mélange les lettres (cf l'article de Rue89 qui en parle), cela devient un vrai défi. On peut apprécier la lecture malgré tout, mais cela demande énormément de concentration. Les livres audio sont un vrai atout pour cela. Mais ils le sont aussi pour tous les non-lecteurs.

Que lire / faire lire ?

Si l'on veut lire / faire lire " pour le cours de français ", la bible reste le manuel. Les enseignants ne feront évidemment pas étudier tous les textes du manuel, pour des questions de goût et de temps, il restera donc plein de textes à découvrir. Les élèves qui " n'aiment pas lire " peuvent se contenter, pour commencer, de feuilleter le manuel. Lorsqu'un extrait attire leur attention, ils peuvent le lire. Ainsi, quoi qu'il arrive, ils ont lu des œuvres " canon ", dont la valeur académique a été reconnue. Dans les classes qui préparent le baccalauréat, en seconde et en première, c'est forcément très utile, pour les exemples notamment. Et, avec un peu de chance, un jour, les élèves tomberont sur un texte qui suscitera leur intérêt et leur donnera envie d'aller lire davantage, et de découvrir l'oeuvre complète.


Pour offrir des fictions entières, des romans ou des nouvelles, il s'agit ensuite de se pencher sur les goûts des enfants. Quels univers, quels personnages, quelles histoires leur plaisent ? C'est en fonction de cela qu'il faut choisir les premiers livres. Chaque sous-genre mériterait un article de conseils à lui seul, je ne les développerai donc pas ici. Vous avez la section " carnets de lecture " ou mon courriel si vous voulez de plus amples renseignements.
N'hésitez pas à passer par la littérature jeunesse. Ce n'est pas parce que certains livres sont de purs produits commerciaux qu'il n'y a pas aussi des pépites d'art littéraire. Et quand bien même votre enfant vous réclamerait l'adaptation romanesque du dernier jeu vidéo à la mode, tant pis, ça reste de la lecture quand même. Si vous aimez la bière ou le fromage, voyez l'éducation à la lecture comme l'éducation au goût : on commence par des choses faciles comme les fruitées ou la Vache qui Rit, et petit à petit on passe à des choses un peu plus amères ou piquantes, mais véritablement savoureuses.
Les libraires des rayons jeunesse sont la plupart du temps des passionnés, et donc d'excellent conseil. Ils doivent devenir vos premiers alliés dans la recherche du Graal. Certaines librairies ont même des clubs lecture, et les enfants deviennent alors les prescripteurs.
Ni vous, ni le jeune lecteur en herbe ne devez vous fier aux âges et à la longueur. Les âges indiqués sur les couvertures sont de pures démarches commerciales, qui n'ont jamais ou presque jamais été pensés par les auteurs, mais par les éditeurs. Quant à l'épaisseur, elle n'est en aucun cas un marqueur de difficulté. Elle peut même se révéler trompeuse au contraire : les livres les plus courts que j'ai recommandés à mes quatrièmes cette année sont aussi les plus ardus à comprendre. Si un livre se révèle fastidieux à la lecture, encore une fois, votre enfant a le droit de ne pas le lire, et vous pouvez toujours prendre le relais à l'oral.


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Animation : Veillée Et toque !


Petite veillée à mettre en place en parallèle d'autres propositions d'activités.

La fiche d'animation

Tranche d’âge : six-quatorze ans

Effectifs d’enfants (minimum-maximum) : de douze à vingt

Description de l’animation :
Comme son nom l'indique, cette veillée s'inspire du jeu de société Et Toque !, et l'adapte pour une version par équipes.


Les équipes piochent une douzaine d'ingrédients, d'ustensiles de cuisine et de façon d’accommoder (le tout sous forme papier, bien sûr, il ne s'agit pas d'une vraie veillée cuisine). Chaque équipe pioche ensuite en secret un thème de menu différent (les thèmes peuvent s'adapter à votre imaginaire et votre thématique de séjour s'il y en a une). A partir de là, les équipes doivent composer un menu avec les ingrédients à leur disposition, de manière à correspondre à leur thème de menu. Le seul type de mots qu'elles ont le droit d'ajouter pour écrire leur menu (dans le cas où vous auriez une tranche d'âge capable et volontaire pour faire des phrases) sont des prépositions : à, de, par, pour, sans, sur, au-dessus, avec...
Exemple : L'équipe A a pioché le thème " Le repas dans le désert ", et choisit parmi ses ingrédients " aloe vera ", " sablé " et " grillé ".
Quand toutes les équipes ont composé leur menu, on ramasse leurs affiches, qu'on présente à l'ensemble du groupe de jeunes, puis on ramasse secrètement les menus, on les mélange, et on les annonce à l'ensemble du groupe. A présent, chaque équipe doit faire correspondre un thème à un menu.
Ex. : L'équipe A considère que le menu de l'équipe B " boudin noir sur lit de rognures de grenouilles " correspond au thème " repas des vampires ". NB : les ingrédients soulignés sont ceux piochés par l'équipe B, les autres mots correspondant aux prépositions ajoutées.
Le comptage des points se fait ainsi : un point par thème et menu correctement associés, un point par équipe qui a fait correspondre votre thème à votre menu.
Ex. : L'équipe A a trouvé les deux thèmes des équipe B et C. L'équipe B a trouvé que l'équipe A avait préparé le " repas dans le désert ", en revanche l'équipe C s'est trompée. L'équipe A marque donc trois points.
On reprend selon le même principe, avec de nouveaux thèmes de menus. Les ingrédients qui ont servi sont défaussés, et on en pioche de nouveaux pour faire le complément à douze.
Quatre manches, plus une " pour du beurre " au début me paraissent être une durée raisonnable. L'équipe qui a marqué le plus de points remporte la partie.

Déroulement de l’activité :

Type de jeu :
Compétitif par équipes

 Objectifs de l’activité : 
Travailler le langage et l'esprit d'équipe.


Imaginaire :
A adapter à vos besoins et selon votre imagination. En général, pour ma part, je viens en fée des Rations, une cuisinière magique, farfelue et un peu étourdie, qui égare et mélange tout le temps ses ustensiles, et a donc besoin de marmitons pour l'aider en cuisine. Elle recrute la meilleure équipe à la fin de la soirée.

Sensibilisation :
Selon l'imaginaire et le nombre de jeunes. Pour une petite veillée, une affiche convient très bien.

Lieu :
Une salle avec un espace où accrocher les affiches des menus, et les points marqués par chaque équipe, ainsi qu'une table par équipe.

Comment se lance le jeu ? (besoin de faire des équipes ? qui ? quand ? comment ?) :
On laisse les jeunes s'asseoir par table selon leurs envies : s'il y a le bon nombre de chaises réparti dans la salle, les équipes se feront d'elles-mêmes.
Explication des règles, et un tour de jeu pour exemple.

Quels sont les rebondissements pendant le jeu ?
C'est là où je tâtonne encore un peu, pour arriver à en faire une veillée punchy... Une phase où on dessine les ingrédients, une phase où l'équipe doit les mimer ?

Comment se conclue le jeu ?
A la fin des quatre manches on compte le nombre de points et l'équipe gagnante devient assistante de la fée des Rations.

Retour au calme ? :
Les enfants marchent en silence dans la salle, sans se toucher, pendant qu'on raconte une histoire : par exemple la fée des Rations décrit les légumes de son potager. A son signal, chaque enfant choisit un légume planté dans la terre et doit le mimer en silence, sans bouger et en fermant les yeux.
La fée des Rations vient ensuite toucher l'épaule des enfants un par un, pour qu'ils remontent dans leur chambre, en commençant par les plus calmes.


Préparation :
Matériel nécessaire ? (quoi, combien)
Des ingrédients / ustensiles / façons de cuisiner (une " planche " modèle à photocopier), il en faut bien une bonne soixantaine au moins. On peut s'inspirer des aimants proposés dans le jeu de société Et toque !. Selon la tranche d'âge, on les écrit ou on en fournit une image.
Des thèmes de menu et leurs explications, en multipliant le nombre d'équipes par le nombre de manches prévues (prévoir une manche supplémentaire au cas où).
Du matériel pour préparer les affiches des menus, ou recueillir les dessins des ingrédients (feutres et papier A2).
Le costume des animateurs référents et la décoration de la salle, éventuellement de quoi diffuser de la musique.

Combien d’animateurs nécessaires ?
De un à trois selon les effectifs et la tranche d'âge. Un animateur référent (qui peut jouer la fée des Rations) et un à deux animateurs volants qui peuvent circuler parmi les équipes pour les aider à comprendre les règles et composer les menus.

Remarques et conseils

Comme dit plus haut, je suis encore en perfectionnement pour cette animation. C'est une petite veillée, mais je la trouve encore un peu " plate " en l'état. J'attends d'avoir testé avec de la musique, et des phases mime ou " dessiner c'est gagné ".
On peut la proposer aux six-neuf ans, mais attention, il faut prévoir des images pour les petits qui ne sauraient pas encore bien lire. Dans ce cas-là, vous pouvez avoir des chaudrons, des casseroles, des saladiers ou autre sur les tables, dans lesquels ils mettront les ingrédients sélectionnés. C'est le moment de faire participer les personnels techniques du centre, s'ils sont motivés, et de les intégrer à une équipe.
A l'inverse, si vous voulez étendre à une tranche d'âge au-delà des quatorze ans, c'est possible (après tout, c'est d'abord un jeu pour adulte), dans ce cas n'hésitez pas à leur faire faire des jeux de mots avec les ingrédients et les thèmes. C'est cependant à mon avis une veillée qui suscitera moins leur intérêt.
Les thèmes de menus peuvent varier à l'infini, en fonction de votre imaginaire. N'hésitez pas à les adapter.

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[Vendredi 27 octobre]

Séquence de cours : " Et si rien ne se passe quand j'agiterai ma baguette ? " JK Rowling, Harry Potter à l'école des sorciers (1997)

Etude de la construction d'un univers merveilleux dans le récit, à travers une oeuvre complète.

Niveau de classe conseillé : cinquième
Thème : Imaginer des univers nouveaux

Dominante : écriture

On termine ce mois spécial Harry Potter avec un prototype de séquence de cours, que je soumettrai à l'expérimentation en novembre prochain : tout le contenu de cet article est un projet, qui n'a pas été encore présenté devant des élèves. Je ne garantis donc pas sa réussite, et je serai forcément amenée à y apporter des modifications après une première mise en place.

N'ayez pas l'air si désespérés, les enfants...

On aborde ici une oeuvre anglophone, qui sera à étudier en traduction. C'est encore possible en oeuvre intégrale au collège, mais néanmoins, mes activités principales de séquence tourneront autour de l'écriture, afin de travailler des compétences propres à l'étude de la langue française. Le roman de JK Rowling sera donc surtout un support pour créer un paysage imaginaire propice à la création et à la rédaction pour les élèves.
L'évaluation finale sera un écrit d'imagination : une description d'un objet, d'un lieu, d'un animal ou d'un loisir magique qui pourrait apparaître dans le monde des sorciers.

Les explications de texte : entrées et sortie dans l'univers

L'incipit : entrée du lecteur dans l'univers de JK Rowling. Ordinairement, dans une oeuvre intégrale, je fais étudier la toute première page pour faire comprendre les enjeux de l'incipit. Avec L'Ecole des sorciers, et l'angle suggéré par le thème au programme, je change un peu mes habitudes. Je compte poser des questions d'analyse sur le passage qui va de l'arrivée d'Albus Dumbledore dans Privet Drive, à la métamorphose du professeur McGonagall en sa forme humaine. L'extrait est intéressant car il arrive après une dizaine de pages du quotidien sordide des Dursley (les caprices de Dudley bébé, les commérages de Pétunia, le travail en bureau de Vernon...). Tout d'un coup, le lecteur découvre un nouveau monde derrière son propre univers : le chat n'est pas un simple chat, les réverbères peuvent s'éteindre d'un seul coup grâce à un seul briquet, et certains individus portent des capes vert émeraude.
©Iuventus94

Harry sur le Chemin de Traverse : (ou Harry dans sa première semaine à Poudlard, ça marche aussi) entrée du héros dans un univers nouveau. L'objectif ici sera de montrer comment JK Rowling détourne notre quotidien, et celui de Harry, pour en tirer un monde magique. Avant cette séance, les élèves auront été amenés à lire au moins les quatre (ou sept) premiers chapitres. Ici, il s'agit de construire les outils qui serviront aux élèves pour créer leur propre objet / fait magique dans leur rédaction, en décryptant la méthode de Rowling pour écrire son univers.

L'excipit : une sortie de l'univers ? On montrera ici comment JK Rowling fait coïncider le retour de son héros dans le monde des moldus avec le retour du lecteur dans sa propre réalité. Mais il convient aussi d'aborder les enjeux de la préparation d'une suite : le lecteur ne sort de l'univers que temporairement.

Parenthèse : un coup de gueule

Il y a quelques temps est sorti sur Internet un article sur un professeur qui a transformé sa salle de classe en salle de Poudlard. A la lecture du titre, cela m'avait amusé, et éveillé ma curiosité. Et puis je me suis rapidement énervée. En réalité, ce type de chronique sur des enseignants étrangers diffusent de fausses idées sur ce que peut être l'enseignement en France. Il serait à mon avis très difficile, pour ne pas dire impossible, de réaliser ce type de contenu pédagogique ici. Pour commencer, ce professeur a transformé trois salles en enfilade, reproduisant notamment le bureau de Dumbledore en plus d'une salle de cours magique. Comme une grande majorité de collègues, je n'ai pas ma propre salle cette année, et je change parfois trois fois dans une même demi-journée. Impossible donc, de refaire le décor si un collègue me succède juste après ! Ensuite, il y a passé soixante-dix heures. Athéna sait que j'adule Harry Potter, et j'aime énormément travailler avec et pour mes élèves, mais je n'ai pas soixante-dix heures à consacrer à la déco de ma salle de classe. Si je les avais, je préférerais les passer à soigner le contenu de mes cours. Enfin, ce n'est qu'accessoire, mais il est important de souligner que je n'ai pas le budget pour le matériel nécessaire. J'ai investi dans des enceintes, du papier format affiches, des DVDs, et je suis toujours contente quand je peux faire une grosse série de photocopies à la machine sans anicroche, autant dire qu'acheter du tissu et des billes de couleurs juste pour l'ornementation est hors de question. Avec un budget illimité, carte blanche et sa propre salle, je pense qu'on peut facilement transformer un professeur en Valérie Damidot de l'éducation, mais pour l'instant ça relève encore plus du merveilleux que l'univers de JK Rowling.
Désolée pour ce coup de gueule un peu long, mais c'était pour apporter quelques précisions : si tous les professeurs ne font pas ça, ce n'est pas parce qu'ils sont paresseux, c'est juste qu'ils n'ont pas les mêmes moyens que les enseignants du système privé américain.

On garde son calme face aux critiques anti-prof...

Mes élèves devront donc se contenter d'un e-boux sur l'Environnement Numérique de Travail, qui leur servira de lettre à Poudlard, en leur précisant le matériel dont ils auront besoin pour la séquence.
Je prendrai ensuite le temps de les répartir en Maisons, en leur faisant choisir entre ces différentes qualités : Courage, Erudition, Loyauté et Intelligence. Je rééquilibrerai si besoin, en fonction de ce que j'aurai pu percevoir de leur caractère depuis le début de l'année. Cela me servira, pas pour toutes les séances, mais pour les plus ludiques, à mettre en place le système des récompenses par points. Hors de question en revanche d'en retirer, et j'expliquerai aux élèves pourquoi : le respect des règles et le travail de cours doit venir d'eux. Nous devons pouvoir tous ensemble faire respecter les règles de vie, sans avoir recours au comptage de points.
Je ferai sûrement l'un des derniers cours en cape de Serdaigle, avec une jupe " constellation " qui s'illumine grâce à un système de DEL, et une ambiance musicale pour l'accueil en classe, mais pas plus.

Les activités en lien avec la séquence

Je m'apprête à faire celle-ci peu avant Noël, je m'autorise donc un certain nombres d'activités un peu plus ludiques et plus " hors des clous " que dans mes autres séquences.

Comme dit plus haut, la dominante de cette séquence est l'écriture. Beaucoup d'activités seront donc des moyens de travailler les compétences en lien avec cette dominante. Il est possible que je reprenne le " jogging d'écriture ", un entraînement quotidien de cinq minutes pour dépasser l'angoisse de la page blanche. On peut aussi profiter de l'univers pour faire fabriquer une volière aux élèves, et les laisser s'envoyer des hiboux (ou des e-boux). La rédaction sera préparée en amont, avec le choix de l'objet, du lieu, de l'animal etc. à adapter au monde magique, et par la liste de ses caractéristiques. Les sources d'inspiration possibles des élèves seront à leur rappeler au moment de l'exercice : leur lecture du roman, les explications de textes, les lectures d'images et écoutes de musique faites en classe...


Pour les compétences de lecture et d'oral, outre les explications de textes, il est possible que je leur fasse faire de cours exposés ou des affiches à présenter en début d'heure, sur l'ensemble de l'univers des sorciers. Je pense m'appuyer notamment sur les élèves qui ont déjà lu toute la saga, et j'ai la chance d'en avoir plusieurs cette année dans ma classe. J'espère cependant qu'il y aura le moins de spoilers possible : mon but ultime et machiavélique est qu'au moins la moitié des élèves lise la suite de la saga.

Avec les nouveaux programmes, nous ne sommes plus tenus de lier notre progression de langue à notre progression littéraire. Je ne développerai donc pas beaucoup les notions que je compte aborder. Dans le cadre d'une étude de roman, la révision des temps du récit me paraît un choix logique. Je commence ce thème après celui de l'héroïsme, on peut donc réviser aussi les registres merveilleux (programme de sixième) et épique (thème " héros et héroïnes "). Ils seront utiles dans tous les cas pour la rédaction finale.


En documents et études complémentaires, je compte leur faire prendre conscience (par une recherche biographique à la maison ?) que l'univers de JK Rowling lui a permis de s'échapper de son propre monde précaire lorsqu'elle a commencé à écrire, de mère célibataire sans emploi.
Une séance sera également consacrée à l'adaptation filmique (comment transposer un univers de l'art littéraire à l'écran ?) et ses limites (mauvais jeu des acteurs, coupes dans le scénario, etc.).

Si les collègues sont d'accord...

... et que cela rentre dans leur progression, il y a plein d'ouvertures et de ponts possibles entre les matières.
L'étude des Runes et les formules magiques peuvent être abordées avec le/la collègue de langues anciennes (si vous avez des latinistes en herbe dans votre classe). Il existe d'ailleurs une version du premier tome en latin.
Un ami professeur de physique-chimie (salut Maxime !) a incarné un très impressionnant professeur Rogue pour son cours sur les précipités (si mes souvenirs sont bons).
Ma collègue de technologie m'a expliqué à regret que les DEL ne sont plus au programme, mais il y a peut-être d'autres projets à creuser sur les artefacts magiques.
Les SVT peuvent parler des créatures magiques, d'astronomie, de la botanique...
Et pour finir, il est évident que l'anglais est un atout certain. Ma collègue d'allemand m'a même dit qu'elle faisait aussi des extraits en traduction.

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[Lundi 4 septembre 2017]

Animation : Elixir ou le Tournoi des sorciers


Animation d'après-midi

La fiche de projet d'animation

En amont du séjour, il est nécessaire de mettre par écrit ses projets d'animation. Cela clarifie les règles pour soi et pour les autres membres de l'équipe, et cela permet d'anticiper la préparation nécessaire.
Ce modèle m'a été donné par une directrice très compétente avec qui j'ai eu l'honneur de travailler. Si par hasard elle passe par ici et se reconnaît, elle a le droit de hurler " C'est moi ! " en commentaire. Il est à mon avis très bien détaillé, et oblige à remplir toutes les informations nécessaires à une bonne préparation.



Tranche d’âge : six-quatorze ans

Effectifs d’enfants (minimum-maximum) : de vingt à soixante

Description de l’animation :
Mélange entre un " douanier-contrebandier " et le jeu de cartes Elixir.
Le but est de récolter le plus de points-magiques en lançant des sorts à l'autre équipe. Ces sorts pourront rapporter plus ou moins de points en fonction de leur composition (nombre et rareté des ingrédients) et gêner en plus l'autre équipe par les effets " magiques " qu'ils auront.
Les équipes comportent deux rôles chacune : ceux qui vont aller apporter les ingrédients de potions au(x) sorcier(s) (appelons-les les Alchimistes) et ceux qui vont tenter de voler les ingrédients aux joueurs de l'équipe adverse (appelons-les les Hérauts).
Les Alchimistes piochent dans la réserve de l'Apothicaire un ingrédient (symbolisé par un morceau de papier avec un dessin et / ou un nom). Ils le cachent sur eux, et doivent traverser le terrain pour l'apporter à leur Sorcier chef d'équipe. Une fois qu'ils ont rassemblés ainsi plusieurs ingrédients, ils peuvent aller voir le Gardien du Chaudron pour que celui-ci annonce les effets de la potion ainsi préparée, et compte les points marqués.
En chemin, pendant la traversée de terrain, les Alchimistes ont pu être interceptés par les Hérauts de l'équipe adverse. S'ils se font toucher par un Héraut, ils doivent aussitôt s'immobiliser. Le Héraut a ensuite trente secondes (c'est l'Alchimiste qui compte à voix haute) pour fouiller l'Alchimiste. S'il trouve un ingrédient, il peut le conserver et le ramener à sa propre équipe.
Les sorts simples sont ceux du jeu Elixir : dire " saperlipopette " ou " poil au... ", parler à la première personne du pluriel, appeler tout le monde " Maître " et vouvoyer... Ainsi que des sorts propres au jeu de plein air : marcher en pas-chassés, être obligé de se tenir à deux par le bras pour se déplacer...


Déroulement de l’activité :

Type de jeu :
Compétitif par équipes

 Objectifs de l’activité : 
Employer un langage imaginaire et des nouvelles façons de parler
Favoriser l'esprit d'équipe et l'autonomie en ayant le choix sur son mode de jeu (course raisonnable et réflexion pour les Alchimistes, course plus rapide et observation pour les Hérauts)

Imaginaire :
Deux grands sorciers rivaux (animateurs) doivent s'affronter dans l'ULTIME DUEL. Mais leur magie est perturbée, et leurs sorts fonctionnent mal... Il faut donc que des Alchimistes composent pour eux les potions.

Sensibilisation :
Les deux sorciers mangent avec les enfants le midi, et commencent à se disputer à table. Ils se lancent un défi à la fin du repas.

Lieu :
Un terrain de plein air assez grand, avec si possible des petites " bosses ", des buissons, des arbres... Pour se déplacer de manière discrète.

Comment se lance le jeu ? (besoin de faire des équipes ? qui ? quand ? comment ?) :
Il faut constituer de deux à quatre équipes en fonction du nombre d'enfants. Elles peuvent se faire en amont, ou bien se constituer sur le terrain par recrutement (équilibrés) des deux sorciers.
Les sorciers expliquent les règles.
Ensuite chaque rôle rejoint son poste, et on attend un signal de top départ pour que les Alchimistes puissent traverser le terrain et rejoindre leur chef d'équipe.

Quels sont les rebondissements pendant le jeu ?
Des ingrédients rares sont mis en jeu => des sorts plus puissants peuvent être lancés.(guérison, sorts qui donnent plus de points...)

Comment se conclue le jeu ?
A la fin du temps réglementaire du tournoi, les deux sorciers peuvent jouer la fin du duel, à déterminer en fonction de l'équipe gagnante.

Retour au calme ? :
Serrage de main des sorciers et prise de rendez-vous pour le prochain tournoi. (petit jeu théâtral)

Préparation :
Matériel nécessaire ? (quoi, combien)
Des ingrédients (une " planche " modèle à photocopier), dix au moins à imaginer, nommer, dessiner (on peut s'inspirer des cartes du Elixir).
Une liste des sorts, de leurs effets et des ingrédients nécessaires pour les réaliser. A donner aux chefs d'équipe et au Gardien du Chaudron.
De quoi noter les points marqués.
Les costumes des personnages (animateurs).

Combien d’animateurs nécessaires ?
Au moins deux (un Gardien du Chaudron, un Apothicaire ou animateur volant). Les sorciers rivaux peuvent être joués par des jeunes dégourdis et / ou blessés par exemple, de même que les chefs d'équipe.

Remarques, variantes et conseils

Bien sûr, comme toutes les animations que je présenterai ici, Elixir est à adapter au public et aux moyens.
Si vous avez un grand effectif d'enfants, vous pouvez aussi le croiser avec un " Poule-Renard-Vipère " ou (PRV), et dire que l'équipe A n'attrape que l'équipe B, qui n'attrape que l'équipe C, qui n'attrape que l'équipe D.
Comme dans toute bonne animation, à partir du moment où vous maîtrisez les règles, l'imaginaire est complètement transformable selon vos besoins. En animation, votre seule limite est votre imagination : si vous avez besoin de prolonger l'univers et / ou le jeu, les ingrédients peuvent avoir été fabriqués ou gagnés dans un jeu précédent avec des stands d'épreuves par exemple.



Elixir adapte le surfait sur-célèbre " Douaniers-Contrebandiers ". J'ai toujours aimé ce jeu depuis toute jeune enfant de colo, parce qu'il ne suffisait pas d'être rapide pour gagner : avoir bien dissimulé le papier sur soi permettait aussi d'échapper à l'adversaire. Les non-sportifs s'amusaient donc autant que les jeunes sportifs.
Il faut bien sûr y mettre des limites : le papier ne doit pas être en contact avec la peau, ou avec un quelconque orifice du corps. Cette règle claire permet en principe d'éviter toutes les cachettes problématiques. Si la fouille pose vraiment problème, notamment pour des jeunes peu à l'aise avec le contact physique (d'abord on peut leur donner un autre rôle dans le jeu...), on peut aussi remplacer la fouille par une série de dix questions par oui ou par non : " Est-il dans ta casquette ? ", " Est-il dans ta poche de jean ? ", etc.



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[9 juillet 2017]

Séquence de cours : « Des 

personnages entraînés à chaque acte de leur 

vie 

par les fatalités de leur chair » Emile Zola, 

Thérèse Raquin


Groupement de textes sur le corps dans les récits réalistes et naturalistes au XIXe siècle

Niveau conseillé : seconde générale et technologique
Objet d’étude : le récit (les récits réalistes et naturalistes au XIXe siècle, roman et nouvelle)

Je n’aime pas le mouvement culturel du réalisme. J’ai peiné à finir Le Père Goriot, j’ai dû m’y reprendre trois fois pour achever Madame Bovary, je n’ai jamais réussi à terminer Le Rouge et le noir. On reproche souvent aux auteurs de cette période les descriptions interminables. Lorsque je prévois mes cours pour cet objet d’étude en seconde, je prends donc en compte que mes élèves ne seront forcément pas touchés par les mêmes choses qu’un étudiant en lettres modernes.


Par ailleurs, j’adore les naturalistes, et ce, depuis que je les ai découverts au lycée. Il y a quelque chose d’à la fois enthousiasmant et savoureux dans leur façon de remuer la boue et le stupre, et de plonger dans la bile noire des affres de leur société. Ce qui me plaît chez eux, c’est le concret. Plus il y a de détails sales, plus je m’éclate. Il y a trois ans de cela, un collègue de français m’avait fait complètement rêver avec une séquence sur le corps des femmes dans Zola. Aussitôt avaient surgi dans mon esprit la nudité quasi divine de Renée Saccard, les premières règles de Catherine Maheu et le cadavre de Nana en décomposition.
J’avais envie d’y ajouter deux choses : des corps masculins, et des auteurs réalistes. Comme ma deuxième séquence sur ce thème est déjà un peu à la marge des programmes, il fallait que je balaie le maximum d’enjeux dans cette séquence.


En introduction, pas d’auteurs au programme

Ou du moins, pas au programme de cet objet d’étude en particulier. Je profite de l’excuse « histoire des arts » et « œuvres complémentaires » pour aborder des textes que j’adore, mais qu’on n’étudie pas en principe en seconde. La première séance de cours est donc consacrée à une histoire de l’art littéraire, et à la description du corps en littérature.
On commence en douceur, avec un blason du XVIe siècle, par exemple le « Blason du beau sourcil » de Maurice Scève. Cela permet d’introduire le corps féminin comme objet d’admiration et d’amour. On fait donc découvrir ce genre poétique qui consiste à choisir un détail et à le décrire précisément de manière élogieuse et méliorative :

Sourcil tractif en voûte fléchissant
Trop plus qu'ébène, ou jayet noircissant.
Haut forjeté pour ombrager les yeux,
Quand ils font signe ou de mort, ou de mieux.

Ensuite, on range les violons et les jolies fleurs, et on passe à quelque chose d’un peu plus complexe, mais aussi de plus truculent : l’accouchement de Gargamelle dans Gargantua (1535), de François Rabelais. Après qu’on a évoqué la spécificité du genre narratif, et le fait que Rabelais était médecin, on peut donc introduire la naissance du personnage principal, qui au lieu de sortir par le vagin, remonte dans le corps de sa mère et sort par son oreille. Un dialogue avec les élèves (« Est-ce plausible ? » « Pourquoi ce choix alors que Rabelais connaît bien l’anatomie humaine ? » « Quelle est la différence entre la tête et le bas corporel ? ») permet d’expliquer que la naissance de Gargantua est en fait une élévation vers les choses de l’esprit. Il nait par l’organe qui sert à écouter, et donc à apprendre (et les chapitres suivants dans le livre seront justement consacrés à son éducation).


Enfin, on distribue le sonnet « Vénus Anadyomène » (éventuellement après avoir abordé le tableau La Naissance de Vénus de Botticelli) de Rimbaud :

[…] Les reins portent deux mots gravés : Clara Venus ;
- Et tout ce corps remue et tend sa large croupe
Belle hideusement d'un ulcère à l'anus.

Avec ce tercet final, en principe, je déclenche des exclamations de dégoût dans la classe, et j’introduis la « fascination répulsion » qui est mon objectif. Après les remarques sur le paradoxe de la Vénus vieille et laide, on peut parler du regard d’un homme attiré par la pédérastie sur le corps féminin, et de l’engagement poétique dénonçant les conditions de vie des prostituées au XIXe siècle. Car oui, la femme décrite est une prostituée, malade de la syphilis, d’où l’ulcère mal placé.


Les lectures analytiques, de l’idéel au concret morbide

Comme il s’agit d’une séquence en groupement de textes, et non d’une œuvre complète, mon objectif en lecture analytique est aussi de donner envie aux élèves d’aller explorer les récits abordés. Je profite de l’absence d’examen à la fin de l’année pour ne pas soumettre mes élèves à la grande tragédie des études littéraires : je ne leur révèle jamais la suite de l’histoire (sauf bien sûr dans le cas des extraits tirés des derniers chapitres). Vous voulez savoir la fin ? Le roman est au CDI.


A partir de là, voici des suggestions de commentaires en classe.
Le corps de Raphaël brisé par l’abattement dans La Peau de chagrin permet de mettre une touche de Balzac. Il est d’apparence jeune, mais déjà soumis à la tragédie, car il sait qu’il va mourir lorsque la peau d’onagre magique qui exauce ses désirs sera réduite à néant. De fait, son attitude est celle d’un vieillard. Tout le mouvement de la description fait qu’il est attiré vers le bas.
La mort d’Emma dans Madame Bovary, est l’occasion de montrer que les réalistes représentent leur société (un archétype de chaque profession du village est présent à son agonie), et ses défauts (tous détournent la tête pour ne pas voir l’échec, et l’extrême onction est inutile). On en profite pour souligner et expliquer la violence du texte : les spasmes de la suicidée font presque penser à un exorcisme. S’agit-il de Flaubert vomissant l’hypocrisie de son siècle ?
On passe ensuite aux naturalistes, avec l’accouchement de Jeanne, dans Une Vie de Maupassant. Cet extrait permet de faire le lien avec le texte de Rabelais. De la naissance extraordinaire de Gargantua, on passe aux contractions douloureuses pour le corps et l’âme de l’héroïne naturaliste, qui doit affronter à la fois l’enfantement et l’adultère de son mari.
Enfin, on peut analyser la description des restes pourrissant de Nana dans le roman éponyme. On en profite pour introduire ou rappeler la définition du registre fantastique (la flamme qui éclaire le visage de la morte semble bouger toute seule), et la maladie dont la prostituée parisienne est morte permet de parler de l’ambition scientifique du naturalisme.

En devoir sur table de fin de séquence, on peut donner des questions d’analyse sur l’accouchement d’Adèle dans Pot-Bouille de Zola, ce qui permet de faire faire des rappels sur les textes de Rabelais et de Maupassant, en plus des définitions des mouvements littéraires à retenir.


Etudes complémentaires et lectures cursives : en chantier

J’ai déjà parlé des œuvres littéraires qu’on peut lire en complément avec les élèves. En milieu de séquence, on peut aussi faire de l’histoire de l’art pictural, et voir comment, en parallèle de la littérature, on passe d’un corps idéalisé (La Naissance de Vénus de Botticelli, La Source d’Ingres…) à un corps au travail (Les Glaneuses de Millet) ou avec des défauts (La Source de Courbet). Evidemment, L’Origine du monde de Courbet est également faisable. Personnellement, je ne suis pas touchée par ce tableau, et je ne saurais pas comment le commenter avec des élèves. Si j’ai le temps de parler de photographie, je termine sur Le Violon d’Ingres de Man Ray. Il est possible que la prochaine fois que je reconstruirai cette séquence de cours, je prenne des idées dans l’article « Une histoire de l’art, vue du corps » de Fly.




J’aimerais également tester le fait de faire lire Thérèse Raquin, mais je crains que ce ne soit un peu long, surtout pour une séquence que je place généralement en début d’année. Jusqu’à présent je leur faisais choisir une nouvelle dans un recueil de Zola fait par les éditions Hachette, dans la collection « Biblio lycée », mais je ne suis pas vraiment satisfaite de cela non plus. Si quelqu’un a une idée, les commentaires sont là.


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Animation : Le rythme des activités, le nerf de la guerre

Le rythme, c'est quoi ? Quel rythme adopter ?

On parle beaucoup, entre animateurs, en préparation de séjours, en réunion, etc. du " rythme " des activités, parfois du rythme du séjour ou de la journée. Dans une animation, le rythme va être le niveau d'intérêt et d'action des enfants. Quand on commence tout juste un jeu, par exemple, il s'agit de les éveiller à l'imaginaire choisi, de les faire rentrer dans la partie. D'autre part, il s'agit aussi d'adapter leur investissement physique (en faisant un échauffement par exemple, ou en leur expliquant les règles). A l'inverse, quand on est au beau milieu de l'activité, ils ont compris qui sont les personnages qui sont avec eux, tentent de les aider ou de lutter contre eux, et sont en train de courir partout, pour un grand jeu d'après-midi par exemple.

Le rythme peut être représenté en gros par une courbe :

L'évolution du rythme en fonction du temps de l'activité, ne vous fiez pas aux chiffres, c'est juste un exemple visuel.

Cette courbe représente le rythme le plus souvent adopté et préconisé, mais tous les animateurs et directeurs ne sont pas d'accord. J'ai déjà entendu qu'il fallait quelque chose de moins lisse, de moins régulier. Quelque chose qui serait plus proche de la vague. J'ai déjà entendu aussi qu'il était mieux de commencer tout de suite à fond, d'investir au maximum les jeunes, dès le début de l'activité, et qu'ils soient déjà dans un pic important d'investissement dès l'accueil du jeu. Et on m'a souvent dit qu'il valait mieux s'arrêter alors que les enfants s'amusaient bien, dans le cas d'un emploi du temps serré, plutôt que de traîner en longueur et de laisser l'ambiance retomber.
Mon idéal est un peu un mélange de la " courbe " et de la " vague ", quelque chose qui commencerait subtilement, gagnerait en intensité, serait relancé petit à petit par des événements dans le jeu, et se terminerait sur une conclusion et un retour au calme tout en douceur :

Grosso modo ça...


Quel rythme tout au long de l'activité ? L'exemple de la veillée

Pour rappel, une veillée se déroule sur environ une heure et demi, après le dîner. Je laisse de côté la tranche d'âge quinze/dix-sept ans, un peu particulière sur la vie quotidienne du soir.

Il faut donc faire démarrer la courbe en amont, avant le début de l'activité, avec ce qu'on appelle la sensibilisation (ou " sensi " en abrégé). Pour une veillée, elle peut se faire par exemple au goûter, pendant le temps libre de l'après-midi, pendant les douches ou au repas du soir. L'intérêt est de donner envie aux jeunes de participer à l'activité, de leur annoncer par quelques indices l'univers et le type de jeu, éventuellement de leur donner la liste du " matériel " à prendre avec eux (un pull pour une veillée en extérieur par exemple). On fait donc monter d'un cran l'intérêt des enfants, qui va, dans l'idéal, augmenter encore un peu dans les discussions informelles avant le début à proprement parler.

Vient ensuite l'accueil, le moment où les jeunes se rassemblent au début de l'activité. Il faut donc introduire la base des explications du jeu et le lancer de manière à faire " monter la sauce ", et que les jeunes s'amusent bien sur la première partie de soirée. On fait encore monter le rythme d'un cran.


Pendant le déroulement du jeu, le rythme est susceptible de retomber. Dans le cadre d'une courbe " lisse ", on introduira un gros événement en milieu de partie, et on aura un pic d'investissement de la part des jeunes. Par exemple, dans une veillée casino, un braquage peut intervenir, et modifier légèrement les règles pour mixer les stands avec un Cluedo grandeur nature.
Pour éviter que la " sauce " ne retombe, on peut introduire tout un tas de petits événements, de manière régulière. On peut faire intervenir un nouveau personnage, qui sera une adversité ou un adjuvant supplémentaire pour les joueurs, on peut changer légèrement les règles, introduire une faction de traîtres, changer de lieu dans l'imaginaire, etc. Comme souvent en animation, votre seule limite est votre imagination.

Enfin, il faut penser à la conclusion et au retour au calme. Ils sont à anticiper, car ils ne peuvent intervenir brusquement, au beau milieu d'un pic d'excitation et d'agitation. De même, on ne peut pas s'en passer, donc il faut éviter de se retrouver pris par le temps. Quel vœu pieux ! Evidemment, je parle dans l'idéal, mais pour signaler l'un des gros écueils de la gestion du rythme. Il faut penser à annoncer la fin du jeu, les gagnants éventuels, et la fin de la veillée. Si vous estimez qu'une sortie d'imaginaire est nécessaire, c'est le moment de la faire.
Enfin, il faut soigner votre retour au calme : il doit préparer les enfants au sommeil, tout en étant encore le plus ludique et le plus " fun " possible. Un simple temps sur le dos en silence est vraiment un minimum syndical, et très peu intéressant. Je précise que j'ai choisi l'exemple de la veillée parce que sa particularité est justement ce moment si important. Pour des activités en journée, on peut se contenter d'une annonce de résultats et d'une conclusion d'imaginaire. Le soir, il faut aussi préparer le repos, essentiel en colonie, parce que les journées sont longues et intenses.

Dans un monde parfait, le rythme de la veillée continue à redescendre jusqu'au moment du rituel du coucher, dans les chambres. Chaque animateur doit s'assurer que les jeunes se préparent dans le calme et la sérénité à se coucher. Cela passe par de petites choses : tamiser la lumière en n'autorisant l'allumage que des lampes de chevets ou de la salle de bain proche, ne parler qu'en chuchotant... On prolonge la veillée en se racontant ses grands moments : " Et tu as vu quand il a sauté ? Et quand j'ai gagné la course de tortues ? Et quand elle a tiré au laser sur le méchant ? " Et on prend le temps de se retrouver avec un petit moment bien à nous (une histoire du soir par exemple).


A une autre échelle : le rythme du séjour

Le séjour aussi doit avoir à peu près ce rythme en forme de courbe : le planning des activités et le fil rouge imaginaire, s'il y en a un, doivent suivent cette évolution. Dans les meilleurs séjours, ont fait une " sensi " du séjour avec une sorte de " lettre de Poudlard ", qui annonce un peu la couleur à l'enfant, et éventuellement lui dit quoi prendre dans sa valise (en plus des sept t-shirts, shorts et paires de chaussettes habituels).


En milieu de séjour, on place le point d'orgue : grande sortie thématique de toute une journée ou sur deux jours, grand jeu d'une journée, visite de prestataires ou de personnages imaginaires importants, etc.

Et sur les deux ou trois dernières journées, on prépare la fin : c'est le moment de discuter un peu avec les enfants de ce qu'ils vont faire après la colonie, d'où ils rentrent, etc. Ainsi, on leur rappelle en douceur que d'ici quelques temps, ils vont retrouver leur quotidien habituel, leur famille, éventuellement l'école, et on évite l'ascenseur émotionnel, et les trop grands drames des boums de veille de départ. A propos de boum d'ailleurs, s'il n'y en a qu'une dans le séjour, il est mieux de la placer en avant-dernière veillée, surtout pour les plus grands : s'il y a des couples de formés (ou de déformés...), ils ont ainsi une dernière journée à passer ensemble, avant le retour.




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Séquence de cours : Blaise Pascal, Pensées, parcours de lecture autour de la liasse « Divertissement », fragments 123-129 (1670)

Niveau conseillé : premières générales (L-ES-S)
Objet d’étude : l’argumentation (la question de l’Homme dans les genres de l’argumentation)

J’aime me lancer des défis.
Pascal est une lecture difficile, ambitieuse pour des lycéens : ils peuvent se sentir incapables de comprendre, se décourager, trouver cela ennuyant… Mais, quand j’ai le courage, et que j’aime vraiment une œuvre, je cherche le moyen de l’aborder. Et j’aime leur dire que c’est une œuvre difficile, mais que je crois en leurs capacités, et qu’ils sont suffisamment fins et intelligents pour la comprendre. Surtout s’ils manquent de confiance en eux en français.
Mon objectif avec Pascal ? Qu’il y ait au moins une quarantaine de jeunes, sur une classe d’âge, qui n’affiche pas « Le cœur a ses raisons, blablabla » comme statut Facebook au moindre déboire amoureux.



Comment l’aborder alors ?
Pour commencer, je pense qu’il faut éviter de leur donner l’œuvre à lire en entier : elle serait beaucoup trop abrupte et indigeste. De plus, faire un peu de démagogie, et leur faire remarquer qu’on ne leur donne qu’une dizaine de pages, sur plus de trois cents, ne peut pas faire de mal. Je me suis contentée pour ma part de la liasse de fragments sur le thème du « divertissement », et du fragment sur le « pari ».
Ensuite, il ne faut pas hésiter à faire une introduction de séquence un peu longue, avant de rentrer dans l’œuvre. Le but est que les élèves ne commencent pas leur lecture sans avoir bien compris ce qu’était le jansénisme, qui était Blaise Pascal, et quel était son projet en commençant la rédaction des Pensées.
Une première activité possible est de leur faire lire la biographie de Pascal sur plusieurs supports : par exemple, leur manuel, si elle y figure, le Lagarde et Michard du XVIIe siècle, et la description de Chateaubriand dans Génie du Christianisme. A partir de là, à eux d’en extraire ce qui leur paraît important, et de rédiger leur propre courte biographie. On peut souligner à la fois l’enfant ingénieux qu’il était, qui a presque retrouvé tout seul la logique mathématique, sans aucune leçon, et l’adulte pieux et angoissé, destiné à mourir jeune de maladie. Les élèves apprécient généralement ce genre de détail concret, qui donne du « corps » à l’auteur.
Le portrait que j’ai fait figurer sur mon premier article de « Travaux d’écriture » peut aussi être analysé en classe : aux élèves de verbaliser ce que semble être l’activité principale de cet homme. Il est assis à sa table de travail, c’est un auteur, un intellectuel, il pense…
Enfin, il faut distribuer, lire et expliquer plusieurs définitions du jansénisme : un courant religieux du XVIIe siècle, qui s’oppose au jésuitisme, et qui explique que seul Dieu a le pouvoir de choisir ceux qui seront sauvés, et qu’il serait orgueilleux de croire que de bonnes actions sur terre garantiraient un accès au paradis. On peut aussi évoquer Jean Racine, que les élèves ont vu en seconde, et le destin tragique au théâtre, et on peut terminer par Les Provinciales, où Pascal définit et défend lui-même ce qu’est le jansénisme.
Enfin, il faut dire que Blaise Pascal en commençant les Pensées, voulait défendre la religion catholique. De manière officieuse, en précisant bien qu’il ne FAUT PAS dire cela au baccalauréat, on peut expliquer que les Pensées sont une sorte de campagne publicitaire pour la religion catholique.
N’oublions pas d’insister sur le fait que Pascal n’a jamais achevé ses Pensées, qui ne sont que des feuillets, des « fragments » qui ont été agencés par des éditeurs postérieurs, et que l’ordre voulu par l’auteur demeure inconnu.




Séquence 2
La question de l’Homme dans les genres de l’argumentation, du XVIe siècle à nos jours


Blaise Pascal, Les Pensées : parcours de lecture autour de la liasse « Divertissement », fragments 123-129 (1670)



- Œuvre complète (parcours de lecture dans la liasse « Divertissement »)

En quoi le divertissement et la vanité montrent-ils la misère de l’Homme ?

Lectures analytiques : trois extraits des Pensées de Pascal (1670)
- FRAGMENT 126, édition Le Guern, Depuis le début du fragment jusqu’à « en garantit »
- FRAGMENT 127, édition Le Guern, en entier
- La pari pascalien : extrait de la « PREUVE PAR LE DISCOURS I », de « S’il y a un Dieu… » à « la perte du néant »
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Lectures complémentaires
- CHATEAUBRIAND, Génie du christianisme, III, 12, 1802
- Extrait de la définition du jansénisme par le Trésor de la Langue Française en ligne
- PASCAL, Les Provinciales, dix-huitième lettre au révérend père Annat, jésuite
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Documents complémentaires, HDA.
- FLANDRIN, Blaise Pascal, mathématicien, physicien et écrivain français, Gravure (1844). (Bibliothèque nationale de France, Paris.)
- Cours sur les vanités : Hans Holbein Le Jeune, Les Ambassadeurs, (1533) ; tableaux et sculpture de Verdoael Adriaen (1692), Pieter Claesz (1628), Nicolas Robinstein XXIe ; Nicolas Regnier, Jeune femme à sa toilette Vanité (1676) et Georges de la Tour, Madeleine aux deux flammes (1625-1650)


- le genre de l’essai
- Le divertissement  et le pari pascaliens
- La vanité en peinture (HDA)
- Eléments biographiques sur Blaise Pascal
- Le jansénisme
La séquence résumée dans le descriptif de bac de mes premières




Les lectures analytiques : c’est quand même de la littérature !
On ne peut pas se passer, dans les explications de texte, d’un long moment de paraphrase. Il faut à tout prix, avant de commencer l’analyse littéraire, que les élèves aient compris le sens. Ensuite seulement, on pourra s’intéresser à la construction argumentative, à la façon dont Pascal agence ses arguments, choisit ses exemples et travaille son style de manière à convaincre le lecteur.
C’est une séquence à faire en deuxième partie de l’objet d’étude « argumentation », après que les élèves auront compris la différence entre argumentation directe (quand l’auteur adresse ses arguments explicitement au lecteur) et indirecte (quand l’auteur passe par la fiction ou la poésie pour faire passer ses arguments de manière implicite, comme dans le théâtre de Molière par exemple). Ainsi, on pourra leur faire remarquer que les Pensées se classent dans l’argumentation directe.

Pascal Descartes au Théâtre de Poche

Et en parallèle, les autres séances de cours ?
Pour aider les élèves à comprendre le « divertissement pascalien », on peut faire une séance d’histoire des arts sur les vanités, du XVIIe siècle à nos jours. L’enjeu est qu’ils sachent que le divertissement ce n’est pas simplement ce qui amuse et ce qui fait plaisir, mais tout ce qui occupe l’esprit de manière à lui éviter de penser à la mort, y compris le travail, la guerre, la politique… Donc, les vanités représentant les nations en négociation (Les Ambassadeurs de Holbein) sont aussi intéressantes que celles symbolisant la musique, l’écriture et les voyages. On peut finir par les sculptures de Robinstein, dans lesquelles même Mickey est voué à la mort.
Si vous avez le temps, ou que vos élèves sont motivés, vous pouvez aborder l'excellente pièce Pascal Descartes, de Jean-Claude Brisville. Les deux intellectuels se seraient rencontrés à une seule occasion, alors que Descartes était en fin de vie. Brisville imagine la teneur de cet entretien, dont nous n'avons aucune trace. Si vous pouvez assister à une mise en scène, c'est encore mieux. Vos élèves auront le plaisir  de retrouver des citations étudiées en cours. Et cela les préparera à leur terminale en philosophie.
Le thème de l’argumentation est le moment idéal pour aborder la méthode de la dissertation. Or, l’un des fragments de Pascal illustre parfaitement l’intérêt de cet exercice :

Quand on veut reprendre avec utilité, et montrer à un autre qu’il se trompe, il faut observer par quel côté il envisage la chose, car elle est vraie ordinairement de ce côté-là, et lui avouer cette vérité, mais lui découvrir le côté par où elle est fausse.[1]

On peut expliquer aux élèves que la première partie de la dissertation, c’est le moment d’envisager le sujet comme l’adversaire, et la deuxième est le moment de lui montrer le point de vue selon lequel sa « vérité » est fausse.

Sources et documents utiles :
Je m’inspire énormément pour cette séquence d’une formatrice et enseignante de l’ESPE de Lyon : https://www.apologos.org/s%C3%A9quences/argumentation/pascal-les-pens%C3%A9es/
Elle-même recommande ce site universitaire très bien documenté : http://www.penseesdepascal.fr/index.php
Vous pouvez, de manière officieuse, parce que le langage est cru, et la source non reconnue, envoyer vos élèves voir les vidéos de Cyrus North sur le divertissement et le pari, car les explications sont assez claires : https://www.youtube.com/user/LeCoupdePhil




[1] Fragment 9 de la section 1 sur « l’esprit et le style », édition Léon Brunschvicg.

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